Théâtre: L’Art de la comédie

La compagnie le Magnifique théâtre présente à Nuithonie sa dernière création : l’art de la comédie d’Eduardo de Filippo, mise en scène par Julien Schmutz. Sylvain s’est rendu sur place pour assister à l’une des représentations. Impressions et réflexions.

Nous sommes dans une petite ville d’Italie, dans le bureau d’un préfet tout récemment nommé. Un directeur de troupe dont le théâtre itinérant a brûlé s’y présente, avec pour requête que le préfet assiste à une représentation. Le préfet, qui n’avait accepté de recevoir l’homme de théâtre que dans le but de se divertir, est agacé par ce personnage et ses « pitreries ». Il doit du reste recevoir les notables de la ville pour entendre leurs doléances. Seulement, le directeur de troupe met la main sur la liste de ces notables, et met au défi le préfet : ce dernier ne pourrait faire la différence entre les notables et des comédiens de sa troupe. S’engage alors un défilé de personnages avec leurs doléances, mais sont-ils vraiment ce qu’ils prétendent être ?

La problématique soulevée par la pièce est exposée par le directeur de théâtre (Roger Jendly) dans sa discussion avec le préfet (Nicolas Rossier) : quel est le rôle du théâtre dans la société ? Le théâtre est-il d’utilité public ? Au regard de cette contextualisation méta-théâtrale, on peut se demander quelle est la réponse que donnerait Eduardo de Filippo via sa pièce. On connaît l’engagement communiste de l’auteur. Serions-nous en face d’une pièce éminemment politisée et marxiste ? Difficile à dire, sans doute cette analyse serait excessive. Ce qu’on peut relever en revanche, c’est une mise en perspective brechtienne. En effet la deuxième partie qui voit défiler les notables nous met en doute, comme le préfet nous ignorons s’il s’agit bien là des notables ou des comédiens. Le théâtre est mis en place, alors nous regardons jouer les acteurs (les vrais, ceux sur les planches de Nuithonie). On s’intéresse à leur voix, leur gestuelle, leur jeu en somme. Tous sont volontairement expressifs, mais dans des registres parfois différents. Ainsi, l’intervention du curé (Michel Lavoie) est plus farcesque, celle du médecin (Yves Jenny) plus emphatique, la confrontation entre l’institutrice (Céline Cesa) et le couple modèle (Selvi Purro et Diego Todeschini) plus tragique. On voit le théâtre. Puis petit à petit s’opère un glissement, et chacun des personnages nous fait entrer dans son histoire. Nous ne regardons plus le théâtre, nous sommes dedans.

Les comédiens sont au centre de la pièce. Et pas qu’à travers le texte. A plusieurs reprises, des veuves en noirs viennent demander de l’argent dans la préfecture dans un pantomime au ralenti, en filigrane. Elles parviennent à en obtenir à chaque fois. Qui sont-elles ? On peut comprendre qu’elles sont les femmes des victimes du déraillement du train évoqué tout au début de la pièce. Ou est-ce là encore un tour des comédiens ? Quoi qu’il en soit, elles interrogent. Sont-elles là pour dénoncer la pingrerie de la préfecture, l’arrogance des autorités ? Ou sont-elles là pour rappeler que pendant que le préfet s’occupe des problèmes d’individus bien placés, une catastrophe humaine a eu lieu et semble peu attirer l’attention des autorités ? Un interprétation tentante. Mais si ce sont des comédiens qui jouent les notables, cela reviendrait-il à dire que les autorités se plus préoccupées par une mascarade que par une catastrophe majeure ? Le doute là encore demeure. Et c’est peut-être là le fondement du rôle du théâtre dans la société tel que nous le présentent Eduardo de Filippo et Julien Schmutz : poser des questions, interroger, remettre en question, sans donner de réponse, de solution – on retiendra à cet égard le final de la pièce.

Quoi qu’il en soit, on se laisse très volontiers séduire par cette pièce, malgré une première partie quelque peu laborieuse. En effet le contexte juridico-social du théâtre italien des années 60 nous paraît assez obscur, et il est le thème central d’une bonne partie de la discussion entre le préfet et le directeur de théâtre. Notons tout de même que certaines références font mouche, puisqu’elles font écho avec notre situation actuelle (le financement du théâtre par exemple). On peut également s’étonner de lire dans la feuille de salle « une critique radicale du pouvoir », où l’adjectif « radical » prend un peu trop la grosse tête. Au delà de ça, la deuxième partie se veut captivante, le jeu des comédiens fribourgeois vraiment plaisant (et ce tout du long). On se prend au jeu, dans tout les sens du terme. Une interprétation, une représentation, en bref une pièce qui porte bien son nom.

Sylvain Grangier

 Crédit photo: Équilibre-Nuithonie

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