Codanse FRI-20, une déambulation chorégraphiée

Pour tout vous avouer, je n’ai rien d’un expert en danse, qu’elle soit contemporaine ou non d’ailleurs. C’est donc en néophyte curieux que je suis allé voir Codanse FRI20 à Nuithonie. Et bien si tous les néophytes curieux qui sont allés voir ce spectacle ont eu la même sensation que moi, alors nous avons été conquis.

La compagnie DA MOTUS! investissait Nuithonie mettant en valeur quatorze jeunes danseuses et danseurs fribourgeois dans un spectacle en forme de passage de flambeau à la jeune génération pour cette compagnie fondée en 1987. Quand je dis qu’elle investissait les lieux, il n’est pas question du plateau, qui était peut-être le seul endroit sans danse. Non là ce sont tous les autres lieux, la plupart du temps fermés au publics qui servent de support de jeu, de l’atelier au foyer en passant par l’abri à poubelles à un talus. Neuf tableaux singuliers pour autant de lieux singuliers. Pourtant quand la lumière s’allume, quand la musique démarre et les corps prennent vie, on est transporté ailleurs, et chaque fois dans un ailleurs différent, comme autant de micro-univers propre à chaque artiste ou groupe d’artistes. On voyage comme ça de l’un à l’autre, dans une déambulation elle-aussi chorégraphiée à la précision.

On a ses préférences, mais sans doute la diversité aura permis à chacun de trouver son compte dans ce spectacle. Certainement le final aura fait l’unanimité. Une fois tous les groupes de spectateurs rassemblés sur le plateau de Mummenschanz, le rideau s’ouvre sur les fauteuils vides du public. Puis un bras, une jambe, une tête apparaissent, puis à mesures que les corps se mettent en mouvement, plus que des formes sur cette planche en deux dimensions qui rappelle les fantastiques machineries des vieux opéras. Saisissant.

En complément, retrouvez l’interview de Jeanne Gumy et Délia Krayenbühl effectuée par nos soins.

Sylvain Grangier

« Tan lejos de Dios, tan cerca de los Estados Unidos »

Alfonso Cuarón, les Aztèques, la Tequila, le Sombrero : le Mexique et ses merveilles ne semblent avoir de secret pour personne. « Pour un bon guacamole, il faut rajouter un shot de tequila dedans : un délice ! » vous expliquera Xavier, designer freelance de 36 ans qui aura passé 2 semaines en Amérique Latine en 2004. Après avoir vu « Amores Perros » d’Alejandro Iñarritu, il vous servira également un de ses monologues dont il a le secret, prétendant avoir compris les aspirations, ambitions et messages du cinéma mexicain. Mais qu’est-ce qu’il y connaît vraiment ?  A priori, autant que moi : pas grand-chose !

Guillermo del Toro — Wikipédia
Guillermo del Toro a ravi les fans de cinéma présents en nombre lors de sa Masterclass

S’il était nécessaire que je le réalise, la Masterclass donnée dimanche soir par le fantasque réalisateur Guillermo del Toro, organisée par le Festival International de Films de Fribourg et modérée par Frédéric Maire, directeur de la cinémathèque suisse, a remis, en un peu plus d’une heure, l’église au milieu du village. En duplex d’Hollywood, où il termine la postproduction de son dernier film, l’homme derrière la caméra de chefs d’œuvres tels que « La Forme de l’Eau » ou « Le Labyrinthe de Pan » a délivré un cours magistral sur l’histoire si méconnue du cinéma mexicain. Lui et ses congénères, comme Alfonso Cuarón, ont grandi dans un univers de mixité culturel que la mondialisation et la démocratisation de la télévision ont aidé à promouvoir : des dessins-animés japonais, des films de guerre américains, la publicité à outrance ou encore les comics. Ainsi, ces influences multiples se retrouvent au sein de chaque long-métrage comme tout au long de sa filmographie, passant de « Hellboy » à « La Forme de l’Eau », avec un détour par « Pacific Rim ». Ce dernier est d’ailleurs l’exemple parfait de la relation étroite que le cinéma mexicain a toujours entretenue avec Hollywood. Comme son prédécesseur Roberto Gavaldón, Guillermo del Toro a souvent collaboré avec le pays voisin. Comme dit l’adage mexicain, « Tan lejos de Dios, tan cerca de los Estados Unidos » (« Si loin de Dieu, si proche des Etats-Unis »).

« Au Mexique, le mélodrame est toujours très brutal et sauvage » confiait del Toro. Dès lors, ce n’est pas la sensation coup-de-poing de cette année,
« New Order », qui lui donnera tort. Réalisé par Michel Franco et sorti en 2020, le film nous plonge, tout du moins au début, dans les paillettes et faux-semblants de la haute société mexicaine. C’est au cœur d’un mariage huppé que fait irruption la révolution, portée par les victimes de l’inégalité sociale. Pas de demi-mesure, pas de discours larmoyant sur les regrets des aisés lorsqu’un flingue leur est posé sur la tempe, pas d’échanges de bons procédés. Dans ce futur proche et dystopique, Michel Franco ne fait pas de prisonniers. Ou, tout du moins, pas pour longtemps.

New Order - Movie Details, Film Cast, Genre & Rating
Naian Gonzalez Norvind dans l’uppercut « New Order » de Michel Franco

Si sa violence peut déranger, elle est néanmoins le reflet sauvage et animal d’une colère totalement humaine. Peut-être que ce qui fait le plus peur, ce n’est pas le bruit des balles ou la brutalité de certaines scènes, mais bien l’écho réaliste qu’il fait résonner en nous, celui qui ne demande ni comment ni où, mais quand. Un style direct et sobre sert merveilleusement le propos, où la violence des mots, des interactions et des postures heurtent autant que n’importe quelle arme à feu. Rien n’est subtil, tout est clair et transparent : nous montrer tout ce qu’on est capable de faire au nom du sacrosaint dollar.

Ce discours, c’est également celui qui transpire du moyen-métrage de Rubén Gámez, « La Fórmula Secreta », réalisé en 1965. Remportant plusieurs prix lors d’un concours de cinéma expérimental cette même année, il ne laisse indubitablement personne indemne. S’il est difficile d’en sortir un véritable fil conducteur (si ce n’est les bouteilles de Coca-Cola qui surgissent en contre-jour à plusieurs reprises), le film aborde, à nouveau sans subtilité mais à l’aide de métaphores, de plans chocs et de musiques judicieusement choisies, la condition sociale mexicaine. Comment traiter d’une telle œuvre lorsque même Alfonso Cuarón déclarait, en 2017, que « si l’on devait résumer le film, ce serait l’histoire d’un patient mourant qui reçoit une transfusion de Coca-Cola » ? Si, je sais : regardez-le !

Noticias: Magueyes y La fórmula secreta, del cineasta ...
« La Fórmula Secreta » de Ruben Gámez

Le cinéma mexicain s’est nourri des nombreuses cavalcades de l’Histoire : leur XXe siècle, marqué par un bouleversement radical avec l’époque précédente et qui tantôt effraie, tantôt fascine; le Franquisme, qui a poussé des artistes comme Buñuel à s’expatrier et continuer leur œuvre de l’autre côté de l’Atlantique; la proximité avec Hollywood; l’arrivée des comics, mangas et dessins-animés japonais, etc. Ce sont toutes ces influences, portées par des réalisateurs excentriques et créatifs, qui ont façonné le cinéma mexicain que le FIFF nous a merveilleusement proposé de découvrir cette année. Et vraiment, on ne s’en lasse pas.

David

« Le Roi des Hyènes », ou le roi du silence

En novembre dernier je vous lisais un extrait des Nocturnes de Tess Corsac. Point sur son dernier roman, Le Roi des Hyènes.

Nombreux sont les romans de fictions voués à véhiculer des messages importants ou à aborder des thématiques dures. Certaines sont cependant délicates à restituer. J’aimerais alors parler d’un roman fantastique à suspense qui parvient à livrer un récit authentique malgré la difficulté de sa thématique : Le Roi des Hyènes de Tess Corsac, sorti le 26 mars 2021.

« Je le vois. Ce lambeau de brume, ce nuage trapu qui galope entre les broussailles, tapi dans mes angles morts. Le monstre brouillardeux est revenu. »

Le Roi des Hyène, p. 5.

Tess Corsac déploie son intrigue tout en finesse dans une ambiance troublante. Le protagoniste répond au nom d’Almire, un jeune adolescent de quinze ans qui évolue dans les Confins : quatre villages, ceints d’un mur que personne ne peut franchir avant sa majorité. Les bébés y viennent au monde avec, sur la poitrine, un Machaon, un gardien chargé de les accompagner jusqu’à leur majorité en les protégeant des émotions négatives. Ils protègent aussi les enfants de l’obscurité car ici, les ténèbres sont peu sûres – surtout lorsqu’on a perdu son Machaon. Voilà le secret qui pèse sur Almire, privé de sa protection et maintenant traqué par un monstre de brume au cœur de l’obscurité. Muré dans le silence, incapable de dénoncer celui qui le lui a volé, l’adolescent va découvrir qu’il n’est pas le seul à mener ce combat, à faire face à ses émotions et à avancer sans la précieuse protection de son Machaon. Ensemble, lui et ses allié∙e∙s élaborent un plan pour vaincre le silence et faire tomber leur « cueilleur », celui qu’ils appellent le Roi des Hyènes.
Il est difficile de résumer ce roman sans trop en dévoiler, alors je m’en tiendrai là.

« Avec toute cette lumière, imposible de voir le nébuleux, mais je le sens, sous ma peau. Il est aux aguets, prêt à mordre si mon aveu va trop loin. »

Le Roi des Hyènes, p. 55.

Après avoir lu Les Nocturnes qui recelait déjà une grande force, Le Roi des Hyènes m’a frappée encore plus durement. Classé comme roman jeunesse, celui-ci convient pourtant parfaitement à des lecteurs plus âgé∙e∙s. Si Le Roi des Hyènes vise d’abord à rendre accessible aux plus jeunes des thématiques très dures, celles-ci se dévoilent aussi de manière brute sous le regard avisé des plus vieux. La force de l’autrice réside à la fois dans la réflexion qu’elle suscite, les émotions qu’elle provoque mais surtout, dans les personnages qu’elle dépeint. Tous et toutes attachants, ils présentent chacun∙e une personnalité propre qui s’affirme dans la diversité de leurs attitudes et de leurs choix. Tess Corsac brosse une palette d’émotions tout en nuance sans pour autant que le lecteur sente peser sur lui la morale d’une attitude type à adopter. Les choix s’entremêlent, tout comme les erreurs : pas de prétendue perfection, les adolescents gèrent le silence comme ils peuvent sous le poids du secret.

« J’ai digéré depuis longtemps qu’une tripotée de bobards se cachent sous les Confins. Je m’y suis habitué. Après tout, je verrai bien à ma majorité ce qui se trame derrière la clôture. »

Le Roi des Hyènes, p. 68.

La thématique délicate et inhabituelle au cœur du roman est abordée avec beaucoup de mesure, sans pour autant effacer la cruelle réalité qu’elle représente, ni brandir une solution miracle. On parle d’adolescent∙e∙s à la fois en découverte de soi et en pleine guérison ; on parle de haine, de douleur, d’envie de vengeance aussi et de la difficulté à briser le silence, le tout avec beaucoup de douceur malgré tout, dans un roman à la fois triste et beau. Pas de gommage de la réalité, comme je l’ai dit, la joie et la défaite vont de pair. Le∙la lecteur∙ice se retrouve donc face à des adolescent∙e∙s sensibles mais déterminés, en proie à leurs angoisses, mais pas démunis pour autant, qui trouvent le courage d’avancer dans la force du groupe. La restitution de la thématique est brillamment réussie grâce à l’univers fantastique qu’on découvre avec plaisir et qui évoque des questionnements cruciaux à travers des métaphores bien dosées.

« Tout ça, murmure Colin, tous ces poisons pour l’âme… ça nourrit la furie. Si tu te laisses dominer par tout ce que ton esprit peut produire de pourri… elle te croque. »

Le Roi des Hyènes, p. 99

Le roman de Tess Corsac est donc pour moi une belle preuve du pouvoir que peut détenir la littérature et s’inscrit avec évidence parmi les œuvres qui savent traiter de thématiques délicates avec sensibilité. Certes les plus jeunes sauront s’y identifier mais ce roman a aussi beaucoup à apprendre aux adultes. L’autrice libère habilement le dialogue : le message fait mouche et Le Roi des Hyènes s’illustre alors comme un roman capable de véhiculer un récit haletant et poignant. Je vous laisse le découvrir.

Tess Corsac : « J’ai choisi ce thème parce que le  »silence-poison » est une thématique très peu traitée, surtout pour les jeunes, et que la fiction est un moyen de contourner un tabou qui limite le dialogue à ce niveau. »

Chronique – Les Nocturnes : https://soundcloud.com/unimixfr/unimix-marque-page-les-nocturnes-15112020-amelie?in=unimixfr/sets/marque-page

Réseaux de Tess Corsac :
Instagram : https://www.instagram.com/tesscorsac/
Facebook : https://www.facebook.com/CorsacTess

Bloom

Un espace inclusif et bienveillant dédié à la santé sexuelle ouvrira ses portes d’ici peu à Fribourg.

Pour cette interview, Unimix a reçu Elena, Cyrielle et Jeanne pour aborder la thématique de la santé sexuelle. Cyrielle et Jeanne sont venues nous présenter « Bloom », espace qui proposera des lubrifiants naturels, des livres ou encore des protections menstruelles réutilisables. De son côté, Elena se spécialise dans le travail avec des personnes présentant une déficience intellectuelle et s’intéresse à la sexualité dans les institutions et écoles spécialisées. Ainsi, elles nous ont donné leurs avis sur les différentes thématiques abordées.

« Il est temps de normaliser ce dialogue et que l’on puisse en parler de manière ouverte. Ce genre d’activité comme la vôtre, est en train d’ouvrir la voie pour que tout se passe bien!»

Elena Lüthi

Sur la page Instagram de Bloom, Jeanne étudiante en Sciences sociales, nous explique que le projet lui permet de combiner ce qui lui tient à cœur : le féminisme, l’écologie et la santé sexuelle. Cyrielle, psychologue, raconte à quel point il est essentiel pour elle que tout le monde ait accès aux meilleures informations possibles et que les idées reçues disparaissent. Jeanne n’a pas hésité à recontacter Cyrielle, son amie d’enfance, afin de lui parler de son idée.

Jeanne : « C’est vrai que je cherchais un moyen de me lancer dans le domaine de la santé sexuelle et avec la situation sanitaire actuelle, j’y ai vu une opportunité de créer ce projet. Comme je savais que Cyrielle serait intéressée, je l’ai contactée. Nous en avons ensuite discuté et puis, assez naturellement, le projet s’est mis en place ».

Bloom souhaite dans un premier temps proposer un espace de vente pour des produits écologiques, éthiques et sains. On y trouvera des protections menstruelles réutilisables (lavables et jetables bio), des sex-toys, des préservatifs, des lubrifiants et également des ouvrages abordant la sexualité. Ainsi chacun pourra venir poser des questions afin d’obtenir des alternatives plus durables et saines à ce que l’on peut normalement trouver sur le marché.

Jeanne nous confie : « Ce qui est important dans notre démarche, c’est de proposer des produits éthiques et bio. On a vraiment essayé de trouver des articles qu’on ne trouve pas normalement sur le marché. »

Dans un second temps, Cyrielle et Jeanne planifient d’élargir leur gamme avec des huiles de massage ou encore des tisanes pour les douleurs menstruelles.

Cyrielle : « On s’adaptera à la demande. On mettra l’accent sur ce dont les gens auront le plus besoin »

Et puis à l’avenir cher·e·s lecteur·rice·s, Bloom aimerait proposer des évènements et ateliers, donc n’hésitez pas à participer à leurs futures tables rondes !

Quand on demande à Elena ce qu’elle pense de ce nouvel espace, elle répond : « Je pense que Bloom est un projet vraiment important, surtout dans une société où la santé sexuelle, qui est une partie intégrante de la santé, est vraiment mise de côté. On en parle peu et on a toujours tendance à la limiter aux aspects négatifs, alors qu’en réalité elle comprend, d’après sa définition, un état de bien-être physique mental et social. Cela englobe beaucoup d’autres thématiques dont on ne parle jamais, je pense par exemple à l’identité de genre. Il est temps que l’on puisse en parler de manière ouverte, de normaliser ce dialogue. Ce genre d’activité, comme la vôtre, est en train d’ouvrir la voie pour que tout se passe bien ! »

Logo de Bloom

Si l’on regarde le logo de plus près, on remarque qu’il représente une orchidée. Ce dernier a été imaginé par Régine, graphiste à Berlin. Effectivement, le nom « Bloom » tire son origine de l’anglais et se traduit en français par « floraison » ou par « fleurir ». Ce mot nous renvoie bien évidemment aussi à son cousin allemand  » Blume « , ce qui tombe à pic dans une ville bilingue comme Fribourg.

Futurs projets

Les futures associées vont lancer un financement participatif sur les réseaux sociaux, d’ici fin avril à début mai.

Unimix : « Où en êtes-vous aujourd’hui et quelles sont les prochaines étapes ? »


Cyrielle : « Pour l’instant, on va gentiment lancer notre crowdfunding et mettre au point quelques détails. Nous sommes aussi à la recherche d’un local qui nous plait. »

Vous pouvez d’ailleurs retrouver Bloom sur Instagram et sur Facebook où Cyrielle et Jeanne sont actives pour parler de divers sujets tels que l’asexualité, la précarité menstruelle et bien d’autres encore.

Pourquoi parler de santé sexuelle aujourd’hui ?

Le sujet de la santé sexuelle a toujours été très peu mis en avant. Pourtant, cette thématique comprend une réflexion critique bien plus poussée que ce que l’on nous apprend à l’école. Cette dernière devrait être une thématique ouverte, qui laisse place au débat.

Elena qui se spécialise dans le travail avec des personnes présentant une déficience intellectuelle, nous donne son avis sur cette thématique:

« La santé sexuelle est rarement discutée dans le contexte du handicap. Il faut se rendre compte que pour la population générale il est déjà difficile d’en parler, alors obtenir et trier des informations quand on a une déficience, ce n’est pas évident.  Finalement, c’est une population qui a beaucoup moins accès aux informations et qui a beaucoup moins d’intimité.  Sans oublier que des difficultés physiques rendent aussi les choses plus compliquées. » Un espace ouvert à tous et à toutes, comme « Bloom », sera d’une grande aide pour ceux qui ont plus de difficultés à obtenir de telles informations.


Ainsi, notre discussion nous a mené à la conclusion qu’en Suisse, peu d’espace sont mis en place pour aborder ce sujet librement. Avoir une bonne éducation sexuelle veut donc dire avoir une meilleure connaissance de nos droits, mais également réduire la violence dans les relations et rehausser la confiance en soi. Cette conversation a permis à nos trois invitées de discuter autant de l’aspect santé et éducationnel que de l’aspect psychologique. Pour notre part, on admire les deux jeunes femmes, qui viennent de finir leurs études, et qui se lancent déjà dans un projet personnel autant inspirant !

En attendant l’ouverture de Bloom, cher·e·s lecteur·rice·s, nous vous invitons à aller écouter cette discussion en entier sur notre Sound cloud.

Si vous êtes intéressé·e·s par Bloom on vous invite à aller jeter un coup d’œil à leur page Instagram et Facebook. L’espace sera ouvert à tout le monde, alors qui vous soyez, n’hésitez pas à leur rendre visite et n’oubliez pas le financement participatif que vous retrouverez bientôt sur leurs réseaux sociaux.

Instagram : @bloom_sexualities

Facebook : Bloom

                                                                                                    Manon Becker

Etu’Sound ne baisse pas les bras – et nous amène en coulisses

Festival Etu’Sound 2017. Photo par Kevin Piccand.

Si vous aussi, les stands de nourriture en barquette, de bière, les verres consignés, le bruit des foules et de soundcheck avant un concert vous manquent, vous n’êtes de loin pas les seul-e-s à souhaiter pouvoir redevenir festivalier-ère dès que les conditions le permettront et que les festivals feront à nouveau partie de notre vie.

Pour combler notre nostalgie commune, j’ai décidé d’aller à l’encontre de Magdalena, l’ancienne présidente et maintenant vice présidente du festival Etusound, qui anime le campus chaque automne depuis 2005. Je souhaitais parler avec elle de divers sujets concernant ce week-end automnal– notamment de choses qu’on connaît un peu moins en tant que festivalière – l’organisation d’un festival.

La première question pour toi, Magda: A quel point c’était un choix difficile d’annuler l’édition 2020 ?
C’était très difficile et ça nous a pris beaucoup de courage et de temps pour le faire. On a attendu le dernier moment pour vraiment décider définitivement. On avait encore l’espoir pendant l’été qu’une forme de festival serait possible, mais avec l’augmentation des cas covid et des mesures de plus en plus restrictives ce n’était plus envisageable et pas responsable.

Pour toutes les personnes qui rêvent de créer leur propre festival à la fin de cette pandémie : quelles sont les 1es étapes à entreprendre ?
Alors pour créer un festival, je pense qu’il faut avant tout avoir une bonne idée, un concept qui peut plaire à assez de monde, quelque chose d’innovant, qui n’existe pas encore. Ensuite, je pense que c’est essentiel d’avoir une équipe de personnes motivées à s’engager. Et, malheureusement, une base de financement est indispensable pour se lancer dans l’organisation d’un festival.

Quelles sont les plus grandes difficultés de l’organisation festivalière ? L’obstacle premier, c’est le financement alors?
Oui, je pense qu’une des plus grandes difficultés de l’organisation festivalière est d’un côté l’aspect financier. Ça devient de plus en plus difficile de trouver des sponsors. D’un autre côté, le fait d’avoir un comité entièrement bénévole, comme c’est le cas pour l’Etu’Sound Festival, peut aussi rendre l’organisation un plus compliquée. Les personnes ne sont pas toujours disponibles, ont d’autres priorités comme les études et le travail, chaque année des personnes arrêtent
et des nouvelles commencent… Cela a biensur des avantages aussi, mais je pense qu’une difficulté est donc d’avoir une continuité et un suivi de l’organisation. Il faut faire attention à ce que le savoir ne se perde pas d’une année à l’autre.
Ensuite, s’il s’agit d’un festival plein air comme l’EtuSound Festival, le temps peut devenir un grand problème aussi. Il suffit qu’au soir du festival il pleuve, l’évènement entraine des pertes et les efforts pendant l’année sont gaspillés.

Un festival, quelle que soit sa taille, engendre des dépenses considérables. Quelle est une dépense qu’un festival a, à laquelle on ne penserait pas en premier lieu ?

Cela fait 15 ans que le festival existe, il n’y a plus vraiment de dépenses qui apparaissent de nulle part. Si je dois dire une dépense à laquelle on ne pense peut-être pas forcément, je dirais les frais de la part de SUISA. SUISA est la coopérative des auteurs et éditeurs de musique. La facture peut arriver bien après le festival, et à laquelle il faut prévoir un peu d’argent de côté. Mais on s’y attend maintenant, si c’est à la première édition d’un festival qu’il faut surtout faire attention et prévoir les taxes de la SUISA dans le budget.

N’a-t-on pas peur qu’on n’arrive pas à couvrir un tel budget ? Quelles sont les démarches à entreprendre pour s’assurer qu’on puisse garder un festival – surtout gratuit comme Etu’Sound– à flot ?

Biensur qu’on a peur que les entrées d’argent ne couvrent pas les frais
engendrés. Je pense que tout organisateur a cette peur…
Pour s’assurer qu’on puisse garder un festival au niveau financier, il faut d’un côté avoir des sponsors qui soutiennent l’association, idéalement avec un contrat sur plusieurs années.
D’un autre côté, il faut aussi s’assurer que l’offre corresponde à la demande. Il faut donc adapter constamment le concept à la clientèle, essayer d’avoir une clientèle fidèle qui revient chaque année. Car finalement, ce sont les festivaliers et les festivalières qui rapportent la plus grande partie des bénéfices.

Quel est un portrait typique d’un-e-artiste qui vient se produire à Etu’Sound ?

Ca dépend toujours de l’équipe qui est responsable pour la programmation. C’est au final elle qui propose les artistes au comité. Mais en général, c’est un artiste local avec une musique accessible pour un grand nombre de personnes.

Qu’est-ce qu’un groupe/artiste peut faire, s’il nous écoute et s’il souhaite participer à la prochaine édition, par exemple ?

Si un artiste devrait être motivé à se produire à l’Etu’Sound Festival, il peut contacter notre équipe de booking par mail (booking@etusound.ch) ou nous contacter sur facebook ou instagram.

Avant de terminer, est-ce que tu pourrais nous raconter une de tes plus belles anecdotes des coulisses du festival ?

Il y en a tant !
Mais je pense que le plus beau souvenir pour moi était au festival 2019. Pendant la soirée, à un moment donné tout le comité est monté sur le toit de l’école d’ingénierie pour regarder d’en haut la grande scène du festival. C’était émouvant de se donner ces quelques instants de repos pour savourer la vue, voir les fruits de nos efforts, voir que c’était un grand succès et surtout d’y être tous ensemble, le comité réuni.

Pour conclure, qu’est-ce qu’on peut attendre du festival en 2021 ?
C’est encore difficile à dire… Ce sera surement un Etu’Sound Festival sous une autre forme que ces dernières années, mais on reste très optimiste de pouvoir faire quelque chose ! Réservez déjà le 1er octobre en tout cas !





Vampires en Suisse

Camarades éveillés bon soir ! bonjour ! bonne nuit ! ou que sais-je !

On ne me fera pas taire !!!!

Comme vous le savez, je poursuis tant bien que mal la vérité. Cela faisait plusieurs mois que je cherchais à vous informer sur une menace qui pèse : les vampires de Zurich.

Cependant, ces derniers sont bien cachés ! J’ai tout de même fini par trouver des Gnomes (https://fr.wikipedia.org/wiki/Gnomes_de_Zurich) et principalement le tissu de mensonges pour nous cacher leur existence.

« les gnomes de Zurich » selon Wikipedia

Seulement voilà : alors que j’allais abandonner, voilà qu’un article de journal apparaît sur le net :  https://futurism.com/stealing-young-blood-youthful/amp

Voici une traduction pour les plus anglophobes d’entre vous :

« Dans une nouvelle étude publiée dans la prestigieuse revue Nature Aging, l’équipe a découvert que des particules dans le sang des souris, appelées vésicules extracellulaires (VE), envoient des instructions pour une protéine de longévité appelée « Klotho » aux cellules musculaires, selon un communiqué de presse de l’Université de Pittsburgh. Au fur et à mesure que les souris vieillissent, les vésicules extracellulaires semblent s’affaiblir et, par conséquent, envoient moins d’instructions pour la protéine.

Cependant, lorsque l’équipe a donné à des souris plus âgées le sang de souris plus jeunes, leurs cellules et leurs tissus ont commencé à prendre des caractéristiques plus jeunes, comme une régénération musculaire accrue. En revanche, lorsque les VE ont été retirés du sang, l’effet s’est estompé.

En d’autres termes, cela ressemble un peu aux vampires du folklore, le sang des jeunes soutenant les vieux.

Bien entendu, on ne sait pas encore si cet effet pourrait s’appliquer aux humains. Les tentatives d’application du traitement à des patients réels se sont heurtées à des critiques sévères et à des résultats peu concluants.

Mais l’équipe de Pittsburgh espère que ses recherches pourraient déboucher sur de nouveaux traitements permettant de soutenir et d’améliorer la longévité des humains au cours du processus de vieillissement.

« D’une certaine manière, cette étude nous aide à comprendre la biologie de base du fonctionnement de la régénération musculaire et de son échec au cours du vieillissement », a déclaré Fabrisia Ambrosio, professeur associé de médecine physique et de réadaptation à Pitt et auteur principal de l’étude, dans le communiqué. « Ensuite, en faisant passer ces informations à l’étape suivante, nous pouvons penser à utiliser les vésicules extracellulaires comme thérapeutique pour contrer ces défauts liés à l’âge. »

D’autres recherches ont suggéré que le sang de jeunes souris peut aider à stimuler les performances cognitives de souris plus âgées, selon le communiqué. Cela signifie que les traitements par EV pourraient théoriquement contribuer à ralentir – voire à prévenir – le déclin cognitif au cours du vieillissement.

Des recherches beaucoup plus approfondies sont nécessaires avant que l’on puisse s’attendre à la mise en place de cliniques de transfusion de sang de jeunes. Toutefois, si l’on en croit cette étude, Dracula pourrait avoir eu la bonne idée après tout. »

(Traduction via Deepl.com)

Notez cette phrase : « En d’autres termes, cela ressemble un peu aux vampires du folklore, le sang des jeunes soutenant les vieux… Toutefois, si l’on en croit cette étude, Dracula pourrait avoir eu la bonne idée après tout. »

Comme par hasard !

L’information viendrait d’un article scientifique dont l’accès est bloqué (étrange, n’est-ce pas ?)

Bref, après quelques recherches, on remarque vite que le site ne fait aucune mention de Zurich, comme par hasard, et qu’on essaie de nous entraîner du côté de New York ou Pittsburgh. Cependant, nous avons de l’expérience à Unimix et on ne se fait pas rouler par des ficelles aussi grosses.

Revenons à l’article de Futurism. Premièrement, sous un jargon scientifique douteux (depuis le COVID, on ne sait plus à qui faire confiance), on essaie de nous faire passer la pilule comme quoi Dracula aurait eu raison et que c’est comme les vampires. L’artifice est grossier.

Inutile de vous dire qu’il s’agit là d’une tentative pour vous faire gober que les vampires ne sont pas si méchants. Pire qu’ils ont raison et que ce n’est pas grave de prendre du sang de jeune pour des suppôts de Satan millénaire (rien que ça).

Certains diront, des moutons, comme vous commencez à le savoir, que l’article met en garde contre cette pratique avec un lien : https://futurism.com/neoscope/fda-warns-young-blood-transfusions-scam. Cependant, remarquez comme le nom du site « futurism » réapparaît dans le lien. Vous le constaterez, il disparaît en suivant la page (tiens donc !), mais pire, de ce côté, aucune référence à une équipe de chercheur, juste la croix rouge (qui veut aussi votre sang, rappelons-le) et des institutions étatiques douteuses (U.S. Food and Drug Administration, au pays du fast-food et de l’attaque cardiaque donc…).

Comme c’est curieux !

Ce pauvre média est certainement le véhicule de quelques fanatiques provampires qui essaie par des articles légers de faire pencher la balance en faveur du plaidoyer provampire !!!! Voyons c’est clair !!! La différence entre les deux articles est flagrante !

Le lien avec Zurich ? Voyons, si le site « scientifique » essaie de le cacher, une simple recherche sur Google vous montrera le nombre effarant de résultats à la recherche « vampire Zurich ». Officiellement, il s’agit de lifting, d’injection de plasma sanguin. Mais expliquez-moi une chose :

L’article n’a que 8 jours et il y a 16 700 000 résultats !!!

L’article du Futurism date du 8 décembre 2021. Comment expliquer autant de résultats ? Si ce n’est des vampires dans l’ombre qui, galvanisés par cette défense, se montrent enfin au grand jour !

 Si cela ne vous suffisait pas, j’ai récemment mis au jour un lien des plus particulier : http://vampirewebsite.net/switzerland/

Derrière ce site se cache véritablement une communauté de vampire, me camouflant derrière le « plus c’est gros, plus ça passe » et le « soyons naturel ». Mais, chers amis, vous le savez, j’ai l’expérience de toutes ces cachoteries et je vous le dis : on ne me l’a fait pas à moi !

Grâce à ce site, j’ai trouvé deux adresses de vampire !

Ben tiens ! Comme y en a qu’à Zurich des Vampires ! On me l’a fait pas à moi

Il convient de plus de faire attention ! Le site semble abandonné depuis quelques années maintenant. Cependant, il fournit tout le nécessaire pour survivre en tant que Vampires et est donc une source inestimable pour des chercheurs de vérité comme vous et moi !

Il convient donc de savoir si des chasseurs de vampires ou d’autres trouveurs de vérité ont fait peur à cette communauté et où elle se cache désormais.

En attendant d’avoir plus de pistes, je vous souhaite, à vous qui m’avez lu, une excellente soirée et surtout, restez éveillé !

Le chapeau : histoire de ce que nous avons en tête

Notre histoire commence en France, plus précisément dans une cave de Lussac-les-Châteaux. On entrevoit un homme, qui est en train de dessiner des graffitis sur les murs de la grotte. Rien de surprenant jusqu’ici. Ce qui pourrait nous surprendre c’est que nous sommes dans l’année 13’000 avant J.C., et que la figure dessinée par notre bonhomme porte un chapeau. 

C’est quoi l’histoire de cet objet de notre quotidien, qui n’attire même plus notre attention ? De paille, de laine, de feutre ou de fourrure ; géants, minuscules, magiques ou soyeux – quelle est l’origine de cet objet aussi commun que mystérieux ? 

Si vous vous êtes déjà posé ces questions, suivez-nous dans ce parcours sur l’histoire des chapeaux. L’homme utilise les chapeaux depuis le néolithique : les premières sculptures montrent des hommes avec leur tête couverte. Si un usage est celui de se protéger des intempéries avec des couvre-chefs de paille, il n’est pas le seul. Déjà dans l’antiquité, la tête est censée être siège de l’âme et de la vie en plus d’avoir des qualités magiques. L’utilisation des chapeaux vise donc à se protéger de forces hostiles ou d’attirer l’attention des divinités.

Les chapeaux continuent à être répandus dans l’antiquité, accompagnés d’un significat qui varie selon les civilisations. Dans l’antiquité romaine le chapeau est l’indice d’une faible extraction sociale étant porté par les navigateurs, les chasseurs et les guerriers. Dans le même contexte, les couvre-chefs sont protagonistes dans la cérémonie de libération des esclaves dont ils en scellent la libération. Toutefois, la majorité des hommes utilisent seulement le drap de la toge sur la tête, les couvre-chefs étant considérés une chose plutôt féminine.

Pour trouver le vrai ancêtre du chapeau moderne, il faut qu’on remonte au Moyen âge. Son utilisation est répandue dans la majorité de la population masculine. Les modèles les plus en vogue sont soit un bonnet avec des lacets de cuir à raccorder sous le menton, soit des capuces. Du côté féminin, il est d’usage de commencer à couvrir sa tête après le mariage pour cacher le les cheveux, considérés symbole de séduction.

Tout au long de la Renaissance, les vêtements gagnent un rôle fondamental dans la société. L’élégance devient un symbole de noblesse. Le chapeau devient lui-même un « status symbol » des classes nobiliaires. C’est donc dans le XVe siècle que nait le chapeau de feutre, couvre-chef par excellence. Toutefois, il y a des grandes différences entre les modèles des différents pays européens. Lors de la Révolution française, les chapeaux sont la représentation d’appartenance à l’un des deux camps. Les soldats portent sur leur tête le bicorne, couvre-chef qui dans notre imaginaire occupe souvent la tête da Napoléon. Les révolutionnaires, eux, portent sur leur tête le bonnet phrygien, une sorte de bonnet souvent de teinte rouge, qui figure aussi sur le chef de la Marianne, symbole de la révolution.

Au début du XIXème siècle la bourgeoisie accroît son prestige en Europe. Le nouveau symbole d’élégance masculine est le cylindre. Originaire de Chine, haut, de forme cylindrique, il est arrivé en France depuis 1795, et aura sa consécration en Angleterre. Malgré ça, il a fallu du temps pour que son port soit accepté : le premier « gentleman » à porter le cylindre est en effet arrêté pour « trouble de l’ordre public »

Dans le XXème siècle, la fonction sociale du chapeau s’accentue. Il devient signe de distinction, d’expression ou même d’appartenance politique. Si les socialistes privilégient des couvre-chefs ronds, flasques à tête petite, les mazziniens italiens portent des chapeaux à large bord. Des revues, comme la française Adam, arrivent à suggérer des couvre-chefs adaptés pour chaque moment de la journée. Les chapeaux sont désormais devenus un phénomène de masse.

Alors, allez-y ! Visitez le chapelier le plus proche de chez vous, explorez les différents modèles, pas de honte ! Profitons de l’histoire parcouru par le chapeau jusqu’à devenir le moyen d’expression qu’on apprécie dans le monde entier.

Syphilis, tréponème, Christophe Colomb, TPHA et VDRL

Couverture d’une édition de 1908 du Horla de Maupassant (domaine public, source : Wiki Commons).

Ahhh la syphilis, cette merveilleuse maladie qui nous a donné Le Horla de Guy de Maupassant et possiblement la folie paranoïaque et meurtrière d’Adolf Hitler ! Car oui, la syphilis est une maladie sexuellement transmissible (MST) qui, si elle n’est pas traitée à temps, peut à terme causer des dégâts neurologiques graves chez près de 1 patient non traité sur 10. D’où la présence fantomatique du Horla qu’a imaginée Maupassant à la fin de sa vie !

Hypothèses colombienne et précolombienne

Deux hypothèses s’affrontent pour déterminer l’origine géographique de la syphilis telle qu’on la connaît depuis l’épidémie de Naples de 1495.

Selon l’hypothèse dite « colombienne » (rien à voir avec le pays !), la syphilis nous viendrait d’Amérique. Elle serait arrivée en Europe à bord des caravelles de Christophe Colomb. Maigre revanche pour les Natifs et Natives d’Amérique, qui furent décimé·e·s par toutes les autres MST qui avaient fait le voyage aller. La chronologie des évènements plaide en faveur de cette hypothèse, le premier voyage du Génois ayant eu lieu 1492. Mais attention, ce n’est pas une preuve irréfragable : rappelons-nous qu’en science, le caractère consécutif de deux faits ne prouve pas à lui seul un lien de cause à effet !

Navire de plaisance à bord duquel la syphilis aurait fait le voyage vers l’Europe en 1493 (domaine public, source : Wiki Commons).

Car il semblerait que la syphilis existait déjà chez nous au Moyen-âge sous une autre forme – c’est l’hypothèse « précolombienne » – mais qui n’était pas aussi virulente que la souche qui a dévasté l’Ancien monde à partir de la fin du XVè siècle. Des indices archéologiques (squelettes présentant des déformations osseuses caractéristiques) viennent supporter cette hypothèse sans qu’il soit pour autant possible d’affirmer qu’il s’agisse bien de notre syphilis contemporaine.

Le débat en tout cas fait rage dans la communauté médicale depuis plus d’un siècle, et comme souvent en science, il est possible que les deux hypothèses comportent une part de vérité.

Très rapidement identifié comme une MST dans une Europe post-Gutenberg où les nouvelles se répandaient aussi vite que l’imprimerie et la chtouille, le « mal napolitain », ou « mal français » ou « anglais » (selon qui vous avez envie de shamer), s’est répandu dans toute l’Europe et le reste de l’Ancien monde, causant jusqu’au XXè siècle des millions de morts, toutes classes sociales confondues. Que vous fussiez roi comme François Ier ou simple roturièr·e, nul·le n’y échappait : la syphilis, une sacrée gauchiste !

Le tréponème pâle, ce sombre ennemi

L’agent pathogène responsable de la syphilis est une bactérie, le tréponème pâle. C’est un peu le mouton pâle de la famille des tréponèmes, puisqu’il est le seul à être sexuellement transmissible.

Charge violente de tréponèmes submergeant les défenses immunitaires du wiwi de Dominique Lustucru, 1955 (nan, en vrai, c’est une représentation de la Bataille de Lizaine en 1871, mais c’était plus drôle que de vous coller une photo de véritables tréponèmes) (domaine public, source : Wiki Commons).

Evidemment, vous pouvez le contracter par transfusion sanguine d’un donneur ou d’une donneuse infecté·e, par voie transplacentaire (si vous n’avez pas encore coupé le cordon ombilical avec Maman et qu’elle a été un peu gourgandine). Mais surtout, vous pouvez le contracter lors d’un rapport sexuel vaginal, anal ou bucco-génital, même si vous portez une protection type capote.

Notez bien ce qui vient d’être dit : le tréponème voyage assez facilement d’un corps à un autre, et même si vous vous protégez, il y a des risques, certes moindres, mais bien réels, de le choper !

De plus, dans un grand nombre de cas, la syphilis est asymptomatique, ou alors les symptômes sont extrêmement discrets. En particulier, le premier stade de la syphilis est caractérisé par l’apparition d’une sorte de petit ulcère appelé le « chancre d’inoculation », ou « chancre syphilitique », qui est très contagieux et qui correspond au point par lequel la bactérie est entrée dans votre organisme. Il apparaît en général à partir de 3 semaines après l’infection, et il peut se cacher n’importe où : anus, amygdale, gland, gorge, langue, lèvre, pénis, urètre, vagin, vulve. Souvent vous ne pourrez même pas le voir, ou alors vous le verrez, mais risquez de le prendre pour un banal ulcère sans importance.

La pénicilline, une amie qui va te faire mal

La syphilis se traite avec une bonne injection intramusculaire de pénicilline dans les fesses. Ce traitement est d’une rare efficacité, puisqu’il règle le problème dans plus de 95% des cas (une seconde dose peut parfois être requise). Mais surtout, contrairement aux autres MST traitées par antibiotiques, on n’observe pas le développement de résistances au médicament.

Assurez-vous néanmoins que votre médecin ou votre médecine vous prescrive un anesthésiant pour accompagner la pénicilline, car la molécule est grosse et ça brûle sa mère quand on l’injecte 🙂

Alexander Fleming aurait découvert accidentellement les propriétés antibiotiques du penicillium notatum, un champignon microscopique, le 3 septembre 1928 (domaine public, source : Wiki Commons).

Conservez bien vos anciennes analyses !

Songez à bien conserver toutes vos analyses relatives à la syphilis, ou à les demander si vous changez de praticien ou praticienne, car votre historique est indispensable pour leur permettre d’interpréter vos résultats, surtout si vous avez déjà été contaminé une première fois.

En effet, le tréponème ne se laisse pas spoter si facilement et le diagnostic repose d’une part sur votre contexte clinique, d’autre part sur le croisement et l’interprétation de deux tests sérologiques : le TPHA (Treponema Pallidum Hemagglutinations Assay), qui est un test spécifique au tréponème, et le VDRL (Venereal Disease Research Laboratory), non spécifique au tréponème.

Concernant le premier volet, il sera important de savoir si vous avez eu des rapports sexuels récents, s’ils ont été protégés ou non, et si vous avez eu de multiples partenaires. Il va de soi que si vous êtes chaste ou que vous ne couchez que dans les liens sacrés du mariage, la probabilité que vous ayez contracté le tréponème sont faibles. A l’inverse, si c’est Sodome et Gomorrhe chaque samedi soir dans le plumard, votre médecin·e envisagera plus sérieusement l’hypothèse d’une contamination.

Camion de dépistage du Checkpoint Genève, 2014 (crédit : Fanny Schertzer, licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 2.5).

Quant aux tests sérologiques, ils sont d’une lecture assez difficile.

En principe, si vous n’avez jamais été contaminé, les deux tests reviendront négatifs. En revanche, si vous avez été infecté, le TPHA aura tendance à se positiver en premier, suivi du VDRL. Ainsi, si vous effectuez un test dans un laps de temps relativement court, vous pouvez vous retrouver avec la configuration suivante : TPHA positif et VDRL négatif. Une configuration où les deux tests sont positifs indique en revanche à coup sûr une infection actuelle.

Précisons que si vous avez déjà été contaminé, le TPHA restera positif durant plusieurs années, y compris après traitement : c’est une cicatrice sérologique que laisse la syphilis. Ainsi, une configuration avec TPHA positif et VDRL négatif n’indique pas forcément une infection actuelle. D’où l’importance du contexte clinique pour permettre à votre infectiologue d’interpréter vos résultats !

A cet égard, l’historique de vos résultats au VDRL sont essentiels pour déterminer si vous avez de nouveau attrapé le tréponème ou si vous êtes en voie de rémission. D’ailleurs, le TPHA est de plus en plus délaissé au profit du seul VDRL.

Dans tous les cas, évitez l’autodiagnostic : en cas de doute, parlez-en à votre infectiologue. Et dès lors que vous êtes sexuellement actif·ve, en particulier si vous avez plusieurs partenaires, et même si vous mettez la capote, faites-vous tester régulièrement pour la syphilis !

Des bisous sur vos chaudes soirées saturnales ! 😉

Sylvain Cabrol

FriScènes 2021 – Roi du Silence

En clôture de cette édition 2021 de FriScènes, s’est tenue le 16 octobre dernier la journée « Hors du placard » consacrée aux thématiques LGBTQIA+. A cette occasion, la compagnie rhodanienne La Gueule Ouverte a présenté « Roi du silence », de et avec Geoffrey Rouge-Carrassat. Amélie Gyger y a assisté pour nous.

Crédit photos : Andreas Eggler pour FriScènes.

Le Roi du Silence, c’est un jeune homme dans la vingtaine, face à l’urne de sa mère, lui annonçant avoir caché son homosexualité pendant quinze ans. C’est l’histoire de quelqu’un qui demande justice, demande le mérite de sa bonne conduite et veut savoir : a-t-il eu raison de se taire ? Terriblement sincère, brut, cru dans les mots lancés à quelqu’un qui ne répondra jamais.

Beaucoup de thématiques puissantes – le besoin de s’illustrer comme un enfant parfait, de se cacher, la peur de ne pas être comme les autres – et surtout un regard précis sur les mots, la puissance des mots qui marquent un enfant, les commentaires « anodins » envers d’autres et qui poussent à se taire. Un rapport très sincère, non seulement envers le texte, mais le corps aussi ; c’est comme ça qu’il aime travailler, explique le comédien, isoler chaque mouvement, chorégraphier.

Un spectacle vif, rythmé tantôt par le silence, tantôt par une voix puissante voire frénétique, le son des couvercles de casseroles et de percussion sur la table, le son du sarcasme, grinçant ; un spectacle bruyant où on crie, on danse, où tous les objets prennent sens. On use la scène jusqu’à la corde, on monte pieds joints sur un fauteuil, on se couche sur et sous la table – et puis cette mère décédée qui prend corps, presque caricaturale, et porte toute la violence des propos qui pèsent sur le personnage.

Il s’agit très littéralement de se mettre à nu, de dire ce qu’on ne dit pas : le désir, les images sous les paupières, la colère, l’amour qu’on nourrit envers quelqu’un d’inaccessible. C’est un spectacle où faire son deuil est synonyme à la fois de douleur et de libération, où les doléances ne seront pas entendues et les réponses ne seront pas rendues. Où il ne saura pas si se taire valait le coup et ne peut qu’imaginer. Un spectacle criant de vérité, humain et décalé, ironique, cru, sans fard, sur ce que c’est de se taire, puis d’enfin crier au monde ce qui nous fait.

Amélie Gyger

FriScènes 2021 – Huis clos

L’enfer, c’est les autres. C’est le principe fondamental de cette pièce de Jean-Paul Sartre (1943), remise au goût du jour par la troupe de théâtre lausannoise Memento. Avec Benjamin Davis et Marek Chojecki à la mise en scène.

Trois âmes damnées, condamnées à passer ensemble l’éternité… (crédit photos : Andreas Eggler pour FriScènes).

Dans « Huis clos », Sartre décrit la rencontre de trois personnages dans un lieu post mortem. Aucun d’eux ne se connaît et aucun ne sait où ils se trouvent. Commencent alors des discussions simples mais qui dérapent très rapidement, entraînant tout un questionnement de fond sur le jugement et l’enfer.

Toute cette thématique très démoniaque est bien mise en valeur par la scénographie et les jeux de lumière. En effet, à certains moments, les personnages sont éclairés par-dessous, leur donnant un air infernal. De plus, les trois fauteuils présents donnent un aspect très mécanique et froid avec leurs longs câbles qui filent droit vers le plafond. Le second élément du décor est composé des trois téléphones portables – un par prisonnier. Cette modernité amenée à la pièce est la bienvenue ; cependant, on peut se demander pourquoi cet élément a été mis au goût du jour alors que d’autres sont restés très ancrés dans les années 1940 (comme les différences marquées entre les classes sociales des personnages et le dédain qui en découle).

Les téléphones portables, en livrant aux prisonniers les images et les sons d’une vie qui se poursuit sans eux, ajoutent à la torture psychologique qu’ils s’infligent mutuellement.

Dans cette pièce, les mentalités des protagonistes évoluent très rapidement, comme leurs relations, ce qui parfois est un peu déroutant. Ainsi, en un peu plus d’une heure, il se passe ce qui se déroulerait en plusieurs jours dans le monde normal ; comme si dans cette sorte d’enfer, tout allait beaucoup plus vite, sans laisser le temps aux personnages de prendre du recul. Ce phénomène permet aussi de faire ressentir une grande quantité d’émotions aux spectateurs en l’espace de très peu de temps, ce qui provoque un sentiment de perte et de surmenage émotionnel qui noie le public dans cet enfer.

La troupe Memento a très bien su faire vivre cette expérience infernale à l’auditoire grâce à un jeu d’acteur fort convaincant et une scénographie qui nous plonge dans une ambiance très suffocante.

Clem Chuat