Quand l’Ukraine est à l’ouest

Bienvenue dans l’absurde de Roman Bondarchuk. Projeté au FIFF dans la compétition internationale, le film « Volcano » séduit par sa sincérité et les interrogations constantes qu’il nous provoque. En effet, à l’exception des trois acteurs principaux, le casting est uniquement composé d’authentiques villageois ce qui lui confère un caractère populaire.. en soi, même l’acteur principal, Sergiy Stepanskiy, est ingénieur du son à la base. L’imagerie est méticuleusement travaillée pour un rendu esthétiquement agréable, en contraste avec un message sous-jacent beaucoup moins plaisant. La scène d’introduction, par exemple, filme en plongée totale un paquebot rouge cuivre pendant une durée indéfiniment longue. Une prise de vue bien travaillée qui mène à une incompréhension dès le début, d’autant plus que ce même bateau n’apparaît plus de tout le film. Ce n’est que lors de la scène finale, elle aussi d’une beauté visuelle à couper le souffle, qu’il est possible de faire un lien lorsque résonne à nouveau le même thème musical.

Si le visuel et le jeu des acteurs est parfaitement bien travaillé, l’absurde est un élément que l’on ne peut pas négliger. A plusieurs reprises, les situations forcent un rire subtile par leur manque de cohérence. Lukas, le héros, se retrouve, dès lors, perdu dans une contrée reculée d’Ukraine suite à la disparition mystérieuse de son véhicule et de ses collègues. Dans cette société où ni loi ni normes n’existent, il aura bien du mal à se faire une raison. Le contexte géo-politique trouble de cette région en guerre mène les villageois à une instabilité et une insécurité constante. Comme le résume bien la grand-mère, représentante d’une sagesse conservatrice voire rétrograde: « Ici pas de président, pas de ministres, pas de police, juste des êtres humains qui vivent ensemble. »

Tous les personnages symbolisent une vision du monde caractéristique. Alors que Lukas a d’abord du mal à s’acclimater à ce nouveau mode de vie (« Maidan c’est là-bas, la guerre c’est là-bas, ici c’est l’anarchie »), il est tout de même vite attiré par ses charmes, personnifié par Maruschka. Se lie entre eux, une attirance certaine, chacun semblant trouver en l’autre les raisons de leurs rêves profonds : lorsqu’on la voit apprendre l’anglais, on comprend que Lukas représente pour elle une chance de s’évader. D’autre part, on a déjà évoqué l’esprit très conservateur de la grand-mère: cette idée est largement soutenue par son immobilisme permanent et le fait qu’elle traite Poutine d’ignare en écoutant l’un de ses discours à la télévision. Et, au milieu de ces idéologies polarisées, est bloqué Vova, sympathique villageois qui accueille Lukas et père de Manuschka. En perdant à qui la chute du communisme ne semble pas avoir réussi, il reproche à sa mère de ne jamais avoir pu partir tout en laissant sa fille se débrouiller seule avec ses problèmes. Ancien chef d’une « ferme de pêche », il vit d’ambitions simples, presque pitoyables: il désire retrouver les cadavres de soldats allemands morts durant la Seconde Guerre mondiale pour les revendre à leur famille.

Ce film est comme ses personnages principaux, touchant et pathétique. Il est le reflet déformé d’une société défigurée, où les claques photographiques n’existent qu’en contrepoint d’une réalité profondément triste. Une réalisation rafraîchissante qui fait vraiment du bien et dont l’absurdité de certaines répliques ou péripéties vous arrachera un sourire en coin et un haussement d’épaules interloqué. Reste à trouver quel détecteur le FIFF avait pour dégoter une pépite pareille.

Ce chef d’oeuvre sera projeté, pour la dernière fois au FIFF, vendredi 22 mars à 14h30 au Rex 1. Si vous hésitiez, n’hésitez plus.

Sandrine & David

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