Lorsque le cinéma parle du cinéma

Le cinéma serait-il mort ? Et si on se décidait simplement à changer de perspective ?

L’édition 2017 du FIFF offrait à ses spectateurs une section « Décryptage : cabinet de curiosités cinématographiques », proposant un panel de films mettant le cinéma en abîme. Parmi eux, deux ont retenu notre attention : The Cinema Travellers et The dying of the light. Deux films abordant la même thématique, celle de l’évolution de la technologie qui crée le cinéma, son histoire, et le monde qui l’entoure. Thématique similaire, certes, mais une approche et une interprétation différente de ce que le passage vers le numérique signifie.

Les chroniqueurs d’Unimix ont eu la chance de rencontrer les deux réalisateurs de « The Cinema Travellers » afin de leur poser quelques questions :

 

Comment décririez-vous votre relation au cinéma ?

Amit Madheshiya : J’ai l’impression que le cinéma est la forme d’expression humaine la plus profonde. C’est quelque chose d’encore relativement nouveau si on le compare à d’autres formes artistiques comme la musique et la peinture qui existent depuis des milliers d’années. Le cinéma a encore beaucoup à nous offrir et ce que qui nous plaît.

Lors de la discussion qui a suivi la projection de votre film, vous parliez du cinéma comme étant un rêve collectif. Pensez-vous que le cinéma soit le seul art capable de rassembler autant de personnes ?

A.M. : Le cinéma est une expérience qui se partage. Je pense que si les êtres humains sont plus connectés à cet art, c’est parce que c’est le seul qui se rapproche autant de la façon dont nous rêvons. Si l’on prête attention à nos rêves, on remarque qu’il n’y a pas vraiment de logique dans les transitions, dans la manière dont les endroits changent. Le cinéma fait la même chose. Et très probablement qu’il parle à une partie très profonde de notre subconscient dont on ne soupçonne même pas l’existence.

Comment avez-vous découvert le cinéma ? Quand avez-vous vu un film pour la première fois ?

Shirley Abraham : J’ai découvert le cinéma en secret. Je viens d’une famille chrétienne où il était interdit de regarder des films, aussi bien pour les enfants que pour les adultes. On pensait que les films avaient une mauvaise influence. J’essayais donc de regarder en cachette les films qui passaient à la télévision le samedi soir.

A.M. : J’étais un enfant lorsque j’ai découvert les films. Je séjournais chez ma grand-mère. Un mariage avait lieu au village et ils avaient fait venir un cinéma itinérant pour projeter un film le soir. Je suis donc parti pendant la nuit sans rien dire à personne pour aller le regarder. Je ne me souviens pas vraiment de l’expérience en elle-même mais je me rappelle m’être fait grondé par ma grand-mère le lendemain matin.

Êtes-vous allés dans une école pour devenir réalisateur ou avez-vous appris le métier par vous-même ?

S.A. : Un peu des deux en fait. Nous sommes allés tous les deux dans la même école où nous avons étudié différentes formes de médias, dont le cinéma, mais de façon plus théorique que pratique. Nous avons énormément appris en réalisant notre propre film. On a commis toutes les erreurs possibles et inimaginables pendant le tournage mais ça nous énormément apporté. Même si aujourd’hui la production est terminée et qu’on est entré dans la phase de distribution du film qui est actuellement en tournée dans plusieurs festivals (12 festivals au mois d’avril, ndlr), on continue d’apprendre.

Quand vous avez réalisé que vous vouliez devenir réalisateur, avez-vous aussi su que vous vouliez produire des documentaires et non des films de fiction ?

S.A. : Je le crois, oui… Encore maintenant, les gens me demandent si j’ai envie de me mettre à la fiction comme si c’était la consécration pour un réalisateur, comme si j’avais acquis assez d’expérience pour enfin faire un vrai film. Mais les documentaires, c’est ce qu’il y a de plus passionnant pour moi. Ils sont le produit de ce que la vie réelle nous offre. On ne peut pas en écrire le script ou l’imaginer. Les documentaires sont souvent considérés comme des films réels qui reflètent l’état du monde tel quel. Où se trouve donc l’art dans la réalisation d’un documentaire ? Pourquoi l’art est-il réservé à aux fictions ? Les documentaires peuvent être artistiques, divertissants, provocateurs : ils peuvent être tout ce que les films de fiction sont

Est-ce que l’entier du film est spontané, ou avez-vous donné des indications aux personnes que vous filmez?

S.A: Le film complet montre la réalité telle que nous l’avons vue. Nous n’avons demandé à personne de jouer, mais on doit aussi comprendre que les gens jouent toujours en présence d’une caméra. Et puis ensuite, il y a tout le processus de réalisation : le tournage, le montage, etc. Le montage c’est de la construction : on prend un fragment d’émotion de quelqu’un pour ensuite en faire quelque chose. Dans cette perspective, le film est fortement dirigé.

Pourquoi avez-vous eu envie te raconter l’histoire de ces cinémas itinérants ?

 S.A. : Je crois qu’on en a eu l’envie parce que nous nous trouvions à un moment de changement dans le monde du cinéma. Une de nos idées était d’explorer comment nous, en tant qu’êtres humains, réagissions face à ce changement. Dans notre film, on suit ces 3 hommes qui ont pris soin de cette culture du cinéma, chacun à sa façon, pendant des décennies et on observe leur attitude et leur réaction face à l’évolution. Par exemple, Prakash qui créé un projecteur révolutionnaire mais qui ne se vendra jamais, n’en veut pas à ce changement : il l’accueille. Une autre chose à laquelle nous nous sommes intéressés est l’arrivé de la technologie dans le monde du cinéma itinérant. Mais à nouveau, l’histoire de ces cinémas n’est pas centrée sur la dépréciation de la technologie car celle-ci devient toujours obsolète après quelques années. Notre intention était de montrer de quoi était capable l’imagination humaine, mais aussi les valeurs qui nous permettent d’accepter ce genre de changement.

C’est assez intéressant la façon dont vous montrez ces trois protagonistes qui accueillent le changement : ils ne sont pas vraiment tristes, ni nostalgiques…

S.A.: On souhaitait vraiment ne pas créer un film trop sentimental. Chaque fois que les gens parlent du cinéma, il y a toute cette conversation sur la mort du cinéma, mais aussi de toutes les autres formes d’art. Les gens disent « la poésie est morte », « la littérature est morte »… Mais si on regarde attentivement, on remarque qu’ils ne font que prendre une autre forme. Et regardez le public des cinémas itinérants, pour eux la magie du cinéma continue. Il n’y a que nous qui sentimentalisons la technologie.

les réalisateurs posent avec Unimix

les réalisateurs posent avec Unimix

 

Quelques mots sur « The Dying of the Light »

Une dizaine de projectionnistes américains nous racontent leur relation avec la pellicule, leurs souvenirs de cinéma. Histoires de salles sombres, de théâtres en ruines, d’époques révolues ou sur le point de disparaître. Certains sont tristes, d’autres s’en fichent… et quelques uns se réjouissent de voir ce monde du cinéma qu’ils apprécient tant se transformer sous leurs yeux, et de faire partie de l’aventure.

Témoignages, ponctués par des explications sur l’histoire des techniques de projections, sur un monde en transformation.

Regards sur le cinéma d’avant, d’aujourd’hui… de demain? On ne peut s’empêcher de comparer les deux films :  deux pays, deux cultures, mais le même amour du cinéma d’un bout à l’autre du monde.

Alors le cinéma, il est vraiment mort? Le FIFF semble nous prouver le contraire.

 

Laura Monney & Maxime Ryser

 

Affiche officielle du film "The Cinema Travellers"

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