« Le Roi se meurt », presque cinquante ans et pas une ride

Jeudi soir, le Théâtre des Osses accueillait la première représentation du « Roi se meurt » d’Eugène Ionesco, mise en scène par Cédric Dorier. Une agonie tragi-comique rapportée par Sylvain et Méline.

« Nous sommes dans un pays où l’usure du pouvoir a eu raison de tout, dans un pays où le dictateur ne veut pas céder sa place, dans un pays où la nature semble être anéantie par une force implacable et mystérieuse, où même l’amour paraît inefficace, où la magie n’opère plus… Et tout cela est alternativement comique, tragique, dérisoire et énigmatique, cela pourrait nous dire quelque chose, non? » Présentation de la pièce, programme du Théâtre des Osses.

Comme la vie, la mort se consume. Ou elle se consomme. Dans tous les cas, elle prend du temps. Elle prend l’Homme, peu importe qu’il soit Roi ou Sujet, et l’entraîne dans une agonie qui se nourrit d’une angoisse profonde. Mais l’angoisse est-elle plus supportable lorsqu’on meurt seul ? ou lorsqu’on meurt à plusieurs ?

Tombé gravement malade, Eugène Ionesco a cru voir la mort. Et pour mieux l’appréhender la prochaine fois qu’elle s’approchera de lui, il décide de la mettre en scène. De cette presque-rencontre avec la faucheuse naît « le Roi se meurt », une pièce que le dramaturge aurait écrite en une quinzaine de jours, à l’aube de l’année 1962. Ionesco rappelle son personnage Bérenger, déjà protagoniste dans trois autres de ses oeuvres, pour en faire à nouveau son porte-parole, tant et si bien que l’un devient l’incarnation de l’autre et vice-versa. Bérenger fait face à la mort et à ses renoncements.

« Ce que j’aurais du mal à m’en arracher ! Je me suis habitué ; habitué à vivre. De moins en moins préparé à mourir. Qu’il me sera pénible de me défaire de tous ces liens accumulés pendant toute ma vie. Et je n’en ai plus pour trop longtemps, sans doute. La plus grande partie du trajet est parcourue. Je dois commencer dès maintenant à défaire, un à un, tous les nœuds.» Eugène Ionescu, Notes et contre-notes.

Bérenger n’est pas le seul vecteur de l’agonie individuelle. Mais qui est ce Roi qui se meurt ? Si l’on se réfère au contexte d’écriture de la pièce, une interprétation possible serait la mort du langage. En effet, l’art encaisse aussi les horreurs de la deuxième guerre mondiale et le théâtre de l’absurde, dans lequel s’inscrit Ionesco, ne croit plus (ou prétend ne plus croire) au pouvoir du langage. On peut aussi penser au contexte chaud de la Guerre froide. Rappelons que le Mur de Berlin est en construction, Cuba vit sa crise des missiles, au moment où Ionescu prend la plume. Un contexte propice à l’anéantissement du monde. Aujourd’hui, le contexte, bien que différent (quoique), s’avère toujours aussi fécond. Le scénario catastrophe reste d’actualité.

 

Tant de vie(s) pour parler de mort

La pièce résonne de vérités cathartiques, comme elle raisonne dans l’esprit du spectateur. On sait ce qui attend le Roi Bérenger au bout de cette pente descendante, comme on sait ce qui nous attend tous à la fin de la route. Mais comment vivre ces longues heures d’agonie ?

La mise en scène originale du « Roi se meurt » par Cédric Dorier est saisissante dès le premier instant. Le jeu d’acteurs des six interprètes est habilement exécuté. Cette pièce demande une vraie performance, aussi bien sur le plan physique que verbal. Elle requiert des comédien.n.e.s une écoute attentivement, tant les dialogues s’entrecroisent, se croisent et se décroisent, au carrefour de l’absurde et du tragi-comique.

La scénographie s’impose tantôt comme un obstacle pour les personnages, tantôt comme une symbolique avec laquelle on joue, de laquelle on se déjoue. Un ensemble de deux murs circulaires mettent la scène en mouvement, et dévoile tantôt une salle du trône, une salle de bain, une chambre d’hôpital ou le couloir final. Elle fonctionne comme une vraie machine infernale, en référence au Temps Modernes de Charlie Chaplin. Le Roi reste prisonnier de cette pièce changeante, seuls les autres personnages peuvent s’échapper par les portes percées dans les murs.

Après deux heures de spectacle, le théâtre se déconstruit, le monde s’écroule. Pour le mourant, ce ne pas seulement lui qui disparaît, c’est le monde tout entier. Et ainsi le public, guidé par la Reine Marguerite incarnation de la mort, accompagne le mourant dans un dernier souffle. Un spectacle, lui aussi, à couper le souffle.

 

Sylvain Grangier et Méline Murisier

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