FriScènes: Macbett – Critique

Certains s’attendaient peut-être à retrouver du Shakespeare : désillusion.

Car dans la version de la Compagnie 9 à 11, il n’est pas question d’illusion : le spectacle est assumé. La troupe est composée de 5 comédiens qui changent de personnage à tour de rôle. Ils se métamorphosent à vue, utilisant comme masque la peinture rouge de sang ou noir de crasse. Presque dénués de costumes, Shakespeare n’est du moins pas en reste, puisque le dispositif est Elisabethain – pour ce qu’on en sait du moins – c’est-à-dire minimal, quelques tabourets, costumes qui suggèrent plus qu’ils n’habillent : couronne de carton, bonnet et comédiens pieds nus. Leur jeu est burlesque sans être caricatural : ils s’amusent et ça nous amuse. Une joute enfantine dans la forme, le cynisme et le pessimisme de Ionesco dans le fond. Des comédiens qui jouent à jouer pour nous raconter cette histoire, un jeu d’enfant truculent, avec tout ce que ça implique de gestes, et de corps vivants. Et sur le trône du jeu de scène, tout le public des barons semble prêter allégeance au roi Duncan. Néanmoins, ses proches conseillers sont près de lui voler la couronne. Chez certains comédiens ressort un accent toulousain, nous ouvrant un imaginaire sur la langue d’oc, sa poésie et ses troubadours. On peut d’ailleurs sans aucun problème imaginer la troupe jouant dans les foires, dans la rue en tirant leur charrette : tout le mythe idéalisé du saltimbanque qui flatte notre imagination.

Néanmoins le dispositif reste moderne : le traitement des lumières, réussi, participe activement à raconter l’histoire. Une projection en stopmotion sur un drap blanc dynamise la mise en scène. Les transitions sont assurées par des effets sonores efficaces même si les changements lumineux sont parfois maladroits.

Qu’en est-il du message ? Tout pouvoir corrompt et on en rit, de bon cœur, ou le cœur serré. Une résonnance de Ve République (« c’est notre projet ») transparait même dans les mots de Ionesco incarnés par des Français en 2018. Précisons que la pièce a été créée en 2012, qu’elle a voyagé pour être encore jouée aujourd’hui.

Il y a donc double fidélité : à Ionesco, dans le texte et l’absurde, et à Shakespeare, dans le dispositif. Une remarquable interprétation qui ne laisse personne insensible, sortant le sourire aux lèvres, un sourire tant cynique que jouissif.

 

Sylvain Grangier

Crédit photo: Janos YoGars Norreuden pour FriScènes

 

 

 

 

 

 

 

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