Friscènes : Que Madame se souvienne que je suis la bonne

Elles sont des rêves qui rêvent d’engloutir leur rêveur, J.-P. Sartre

Claire (interprétée par Louise Jeanne) et Solange (Adeline Jeanne), deux sœurs, travaillent pour Madame (Virginie Daubeuf), une femme riche appartenant à la haute bourgeoisie. Le décor est rapidement posé : Dans la chambre de Madame, Claire l’incarne tandis que Solange joue le rôle de Claire. Entre admiration et mépris, elles la servent et la desservent, l’incarnent tout en désirant la voir disparaître. Dans ce jeu de folie, d’humiliations, de rancœurs, de soumissions et d’idolâtrie, les deux bonnes se laissent divaguer à une comédie perverse. Soudain, le réveil sonne, indiquant le retour de Madame. Les deux bonnes retrouvent leurs rôles et rangs. Lorsqu’elles apprennent l’échec de leur tentative d’éloigner Monsieur, l’amant de Madame, Claire et Solange retombent dans leur folie jusqu’au dénouement final.

Voilà ce qu’accueillait, au Nouveau Monde, le mardi 22 octobre lors du Festival Friscène : Les Bonnes, œuvre du dramaturge français Jean Genet et interprétée par la troupe du Théâtre de l’impossible. Le huit clos mis en scène par Jean-Baptiste Lemarchand a laissé un certain malaise. Un malaise suscité à la fois par le texte et le jeu des actrices, d’une intensité remarquable. Qu’est-ce qui est vraiment en train d’être joué derrière ce voile blanc, séparant la scène de ce qui constitue l’appartement de Madame ? L’œuvre théâtrale souligne les relations complexes entre trois personnages, entre haine et idolâtrie, laissant peu à peu place à une violence multiforme, où l’un échange d’identité et la folie fantasmé révèle une volonté de domination, qui tient autant de la hiérarchie sociale que d’un sadomasochisme incestueux.


Solange (à Claire) : Que Madame se souvienne que je suis la bonne…

Claire (à Solange) : Je vois dans ton œil que tu me hais.

Solange : Je vous aime.

Claire : Comme on aime sa maîtresse, sans doute.


Bien que la tension narrative semble être manifeste dès l’entrée, elle est ambivalente et monte en crescendo, jusqu’à la scène finale, portée par le jeu sur le double sens de maîtresse et de bonne, menaçant de renverser les rôles et l’ordre établi à tout moment. Pourtant, le nœud de l’intrigue prend son temps et se fait attendre ; il n’est pas le résultat d’une mauvaise interprétation ou mise en scène, mais inhérent à la structure même de la pièce écrite par Genet, que celui-ci invite à prendre comme un conte, préfigurant à-travers sa pièce le Théâtre de l’Absurde. Le jeu que Claire et Solange mettent en scène lorsqu’elles se croient seules dans l’appartement, ignorant le regard du spectateur, cherche à faire voler aux éclats tous les carcans, que sont ceux imposés par la hiérarchie sociale et par les normes de la féminité. Désormais ne plus être bonne, mais inverser les rôles, jouer la maîtresse dans ce qui devient un simulacre d’érotisme BDSM. Le jeu de Louise et Adeline Jeanne met en valeur ces femmes prises entre injonction et transgression, en laissant libre cours à une agressivité, un génie meurtrier, se laissant aller à un amour incestueux et lesbien, un désir teinté de haine.

Mais qui sont les réelles victimes de cette situation ? Celles qui se voient obligées de servir Madame, ou celle qu’on oblige à être trop bonne ? La comédienne Virginie Leboeuf, récompensée par le prix de la meilleure comédienne par Friscène pour son rôle de Madame, invite à ne pas prendre cette question à la légère, soulignant que la pièce de Genet traite tout autant de la classe sociale, de la marginalité, que de la condition féminine, seule contrainte parvenant à réunir les 3 personnages sous son joug.

 

Ella Stürzenhofecker & Daniele Gianluca Grisoni

 

Crédits photo : Chloé Wi - Photographie

Crédits photo : Chloé Wi – Photographie

Crédits photo : Friscènes

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