Friscènes : Nekrassov

“Qu’est-ce que que ça ? Un titre de journal ou la charge des éléphants sauvages. Du rythme, bon Dieu, du rythme. Il faut aller vite ! vite ! vite ! Ca ne s’écrit pas, un journal, ça se se danse. Sais-tu comment on l’écrirait, ton titre, chez les Amerlaud…” (Jules Palotin, Nekrassov, Tableau II, scène IV)

En pleine Guerre Froide, Georges de Valera, un escroc du siècle, est sur le point de se faire arrêter par la police. En cavale, il se réfugie chez Sibilot, un journaliste de la rubrique anticommuniste à Soir à Paris. Mais depuis quelques temps, Soir à Paris se relâche, ce qui rend le conseil d’administration mécontent, et le directeur, Palotin, somme Sibilot de trouver une idée pour relancer le journal sous peine d’être viré. Une idée naît dans l’esprit de Valera. Sachant que Nekrassov, un important ministre soviétique, est porté disparu, Georges y voit l’occasion en or pour disparaître : devenir Nekrassov. Valera sera Nekrassov en fuite à Paris, car il aura choisi la liberté. Et ses souvenirs, il les vendra très chers.

Voilà ce qui se déroulait sur les planches de Gambach le samedi 10 octobre dans le cadre du Festival Friscène. C’est Nekrassov, oeuvre du philosophe Jean-Paul Sartre qu’a choisi d’interpréter la troupe Les Hauts Plateaux.  L’œuvre théâtrale, en huit tableaux originellement, a été mise en scène par Audrey Bertrand, et nous a transporté avec humour et ardeur dans les méandres d’une presse prête à tout pour gagner la course médiatique, le tout rythmé par des personnages aussi grotesques qu’absurde.

L’histoire fictive de Nekrassov nous rappelle une autre, bien réelle fois-ci. En avril 1944, le haut fonctionnaire soviétique Victor Kravchenko, se trouvant en mission officielle à Washington, avait fui et réussi à « passer à l’Ouest » en trompant la vigilance de son ambassade. Dans son autobiographie intitulée J’ai choisi la liberté, Victor Kravchenko avait énoncé certaines révélations sur le fonctionnement de l’URSS, révélations qui avaient grandement alimenté la presse et propagande anticommuniste en Occident. Et pourtant, me direz-vous, Sarte était un sympathisant communiste et de l’URSS. Fait-il avec cette pièce une critique ou un éloge du communisme ? Et bien, ni l’une ni l’autre. Jean-Paul Sartre avance une critique incisive à l’égard de la presse, non parce que cette presse était avant tout anticommuniste, mais parce que les mensonges et les exagérations de la presse anticommuniste constituaient le fondement de la critique de Sartre.

Et d’ailleurs, cela, la troupe a su parfaitement le relever, notamment au tableau II, scène IV, où de Jules Palotin, incarnant l’archétype du patron nerveux, narcissique, paranoïaque, immorale et obsédé, ne cherche que le scoop, à faire les gros titres. Il affirme, lorsque Périgord, lui propose comme titre à la Une La guerre s’éloigne : « Non, mes enfants, non. Qu’elle s’éloigne tant qu’elle veut, la guerre. Mais pas à la Une. À la Une, les guerres se rapprochent ».

Bref, le choix narratif de la troupe a été de mettre en avant la problématique de la vérité au sein de la presse et de la manière dont les médias déforment l’information afin de mieux manipuler l’opinion publique, en laissant de côté non seulement une partie de la philosophie de l’oeuvre mais également les valeurs morales que Sartre visait. Est-ce un mal ? Non, car la troupe a interprété avec adresse la psychologie et l’absurdité des personnages qui sont le résultat de la philosophie et des valeurs morales.


Périgord: « Silence rassurant de l’Amérique »

Jules :« Rassurant! Mais, mon vieux, je ne suis pas seul : j’ai des devoirs envers mes actionnaires. Tu parles que je vais m’amuser à foutre “rassurant” en gros titre pour que les gens puissent le voir de loin. S’ils sont rassurées d’avance, pourquoi veux-tu qu’ils m’achètent le journal ? »

(Nekrassov, Tableau II, scène IV)


Bien que Nekrassov fasse grandement réfléchir, n’oublions pas qu’il s’agit d’une farce, la seule que Sartre ait écrite d’ailleurs et on y rit, beaucoup! Nous saluons pour cela en grande partie la performance époustouflante de la troupe Les Hauts Plateaux qui a tenu le public en haleine par le rire. Cette performance est d’autant plus remarquable en cette étrange période de pandémie où l’un des comédiens, testé positif, n’a pas pu joué, donnant ainsi la tâche supplémentaire aux autres comédiens et comédiennes d’apprendre un texte en plus.

En somme, malgré son ancrage très historique et idéologique, cette pièce nous parle, aujourd’hui plus que toujours. L’information (ou désinformation) est omniprésente, notamment en cette période d’élection américaine et de pandémie de covid-19. A l’ère du numérique, ce ne sont plus les hommes qui trient les informations mais des algorithmes. Leur critère: l’attractivité qu’elles auront pour nous, qui augmentera ainsi le chiffre d’affaire; qu’importe la vérité ! Mais peut-on encore parler de vérité lorsque celle-ci est dictée par le nombre de retweets ou de clics? On comprend l’importance des mots de Orwell dans 1984: “Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre.”.

Anne Gaillard & Daniele Gianluca Grisoni

Le cinéma, c’était mieux en 1920 !

Parce que les films en 2020, c’était pas folichon

Vous n’êtes plus allé.e au cinéma depuis bientôt six mois, n’est-ce pas ? Et vous commencez tranquillement à désespérer, seul.e, devant l’écran de votre ordinateur ou de votre télévision, à revoir pour la cinquième fois le même opus de cette merveilleuse trilogie que vous aimiez tant à l’adolescence, mais qui aujourd’hui vous parait tristement attendu et vidé de toute sa magie d’antan ? Netflix devient un labyrinthe fait de courants d’air, les sites de streaming ne vous proposent plus que des nanars, et, avouez-le, vous en avez un peu marre de regarder des absurdités sur Chérie 25 ?

Je vous comprends, cher ou chère lecteur.trice, moi aussi, je me lasse doucement, mais surement des enquêtes improbables des chaines à petit budget, où la voix off nous offre une ambiance de suspens digne d’un mauvais film d’horreur, et cela sans compter le fait que chaque annonce de report du prochain long-métrage d’Alexandre Astier me blesse comme un méchant coup au sternum.

Cependant, pour palier à l’ennui des émissions déjà vues et des grandes productions aux intrigues simplistes, que diriez-vous de faire avec moi un bond dans le passé ? Non, pas le « passé » des années 70 ou 80, nous connaissons tous et toutes trop bien les répliques de Stallone et de Jean-Claude Dusse pour nous replonger dans ces films encore une fois.

Allons, faites-moi confiance, inversons le cours du temps : direction l’entre-deux-guerres, et comme il y a des coupons de réduction pour les séances cette semaine, ce n’est pas un, mais deux films que nous allons regarder aujourd’hui.

Quoi, vous n’êtes pas convaincu.e par le cinéma en noir et blanc ? Ah bon… vous savez, sur un malentendu, ça peut marcher !

Un chien andalou – Luis Buñuel, Salvador Dali – 1929.

Le premier film que nous allons voir est Un chien andalou de Luis Buñuel et de Salvador Dali (mais oui, le type avec les longues moustaches qui dessine des horloges). Le second, c’est Le cabinet du Docteur Caligari, dont les décors sont peints dans un style purement expressionniste.

Bon, je vous préviens — après tout, nous ne sommes jamais assez prudent.e avec ce genre de chose — vous pourriez bien être quelque peu dérouté.e une fois la séance démarrée. Alors, certes, non, ce n’est pas une intrigue aussi tarabiscotée que dans le dernier Nolan où la moitié de la planète s’efforce de retracer le schéma narratif du film, mais vous devrez tout de même, à choix, faire un léger effort de concentration ou vous laisser bercer par les images.

Tentons tout d’abord une petite analyse, sans rien divulgâcher, cela va de soi. La projection ne dure qu’une vingtaine de minutes, ce qui devrait largement vous laisser de la place dans la cervelle pour le second film. Il est en noir et blanc, comme presque toutes les réalisations de l’époque, et est entièrement muet. Non, ne rallez pas, s’il vous plait : moins de dialogues, c’est plus d’espace pour la musique.

L’intérêt de l’œuvre réside en son accumulation de petits détails qui en fait un pur produit surréaliste — après tout, Dali était dans le coup. Vous verrez donc beaucoup de fourmis, des pianos, des couples amoureux ou en crise et pas mal de cadavres.

Le court-métrage propose un enchainement de scènes qui ne semblent avoir aucun sens, mais qui pourtant sont reliées par des éléments récurrents formant un fil rouge qui nous guide à travers l’imaginaire. Composé selon un principe semblable à celui de l’écriture automatique, la toile de l’écran se transforme en une porte vers un univers onirique et, lorsque le projecteur s’éteint, l’impression d’avoir visualisé un rêve étrange s’impose dans nos esprits.

Le cabinet du Docteur Caligari – Robert Wiene – 1922

La deuxième œuvre est un mélange entre le thriller et le film d’horreur. Bon, rassurez-vous, âmes sensibles, personne ici ne descendra les escaliers la tête retournée, tout en vous suggérant (en sumérien) de renouer avec le complexe d’Œdipe qui avait disparu de votre psyché une fois l’enfance finie.

Vous n’êtes pas apaisé.e ? Laissez-moi au moins une chance de vous convaincre avec un petit résumé.

En 1920, le réalisateur allemand Robert Wiene présente à son public une étrange œuvre à l’esthétique plus que novatrice. Le film vous emmènera d’abord dans un jardin où deux hommes, assis sur un banc, discutent. Soudain, une femme vêtue de blanc, mais dont le maquillage des yeux rappelle à notre mémoire les heures les plus sombres d’Avril Lavigne apparait. C’est la fiancée d’un des deux individus, et celui-ci propose à son compère de lui raconter comment la jeune fille est devenue émo si austère. L’histoire fait un bond dans le passé. Un village sans nom, dont les maisons sont faites en peinture et où aucun mur n’est droit, voit une fête foraine s’installer. Francis, notre narrateur, décide de s’y rendre avec son ami, mais c’est alors que les lieux commencent à connaitre des événements étranges. Le Docteur Caligari, un homme plutôt âgé et singulier présentant à la foule un somnambule sous son chapiteau, pourrait être lié aux crimes sordides qui ont secoué la bourgade.

Alors ? Oui, j’admets que dit comme cela, la résolution de l’affaire semble prévisible, mais c’est un chef-d’œuvre, pas un épisode de Mimi Mathy, vous pourriez être surpris. e. Et puis, nous n’allons pas regarder ce film pour son scénario voyons, mais pour l’esthétique qu’il propose !

En effet, l’expressionnisme allemand est partout dans ce film. Tout d’abord, les traits des personnages, marqués et soulignés de noir, mais aussi les décors. Les rues, les maisons et les pavés sont des fresques biscornues où chaque élément semble se pencher dangereusement en direction des acteur.trice.s. Mais la scénographie ne fait pas tout : cette œuvre ressemble à un conte gothique où la violence et les émotions fortes sont au cœur de l’intrigue.

De plus, et si Le journal d’un fou de Gogol ne vous est pas inconnu, vous comprendrez vite que ce que le narrateur présente n’est qu’une version de sa réalité, et sans pour autant être un casse-tête de mises en abime et de révélations à la Matrix, le film aborde une certaine idée très intéressante de la perception du monde qui nous entoure.

Vous voilà convaincu.e ? Parfait ! Les deux productions cumulées ne nous prenant qu’une heure et demie de notre temps, nous aurons peut-être même encore un moment de libre pour voir un épisode d’une série Netflix avant d’aller nous coucher.  

Ah oui…  j’oubliais. Munissez-vous ne n’importe quel objet molletonneux et rassurant avant de lancer le film. Il n’y a pas de screamers, mais certaines scènes sont pour le moins… enfin… vous comprenez ?

Anouck

PS : Cliquez sur les hyperliens des titres. Youtube vous emmènera au cinéma sans débourser un centime.

Les luges à Fribourg

Camarades éveillés !

Aujourd’hui, j’ai réussi à me connecter sur ce site pour répandre un peu de vérité. Bien que je sois encore en fuite après mes révélations relatives aux Thurgoviens, la vérité ne s’arrêtera pas, même en exil. (https://soundcloud.com/unimixfr/unimix-quelconque-complot-les-thurgoviens-081120-boris)

Peut-être vous vous demandez pourquoi le gouvernement semble si réticent à agir en faveur du climat, malgré les clameurs de la jeunesse.

C’est parce que l’État fait la guerre à la neige ! Et en tête de file, qui trouve-t-on ? L’État fribourgeois !

En effet, après quelques pérégrinations dans les archives du canton, j’ai trouvé des preuves accablantes contre l’État fribourgeois !

Pour comprendre cette guerre contre la neige et le climat, il faut revenir au XVe siècle. À cette époque, les décideurs de Fribourg promulgue une ordonnance interdisant l’usage de la luge. Les lugeurs seront lourdement amendés au nom du bien public ! Ce n’est que de la poudre aux yeux ! On ne peut pas luger à Fribourg ! Allez donc luger sur le boulevard de Pérolles, c’est impossible !

Cependant, les autorités de la ville, au service de l’État profond décident de passer à l’étape supérieur. Les luges seront brûlées ! Visiblement et puisqu’il y a une autre ordonnance sur l’interdiction des luges, il me semble on ne peut plus certain que le peuple se soit soulevé contre cette tyrannie et que les gens ont commencé à luger à Fribourg. Cependant, en brûlant les luges et autres moyens de ski, leur objectif devient évident ! Émettre du CO2 pour créer du réchauffement climatique ! Oui, Camarade ! Et l’objectif, lutter contre la neige dans un trip monomaniaque anti-luge !

Je sais que les autorités fribourgeoises ont voulu cacher cela en biffant les textes, mais grâce à des chercheurs de vérité éveillés, comme vous et moi, nous avançons contre l’ennemi !

Reste cependant une question : pourquoi cette haine de la luge ? Un novice partirait du principe que cela vient des luges elles-mêmes, mais nous, nous savons que ce n’est qu’une excuse. Cela sert clairement à lutter contre la neige et l’hypothermie des seigneurs reptiliens qui tirent les ficelles.

En effet, les reptiliens veulent lutter contre les gens éveillés avec leur propre arme. Ils essaient de dire que le réchauffement climatique est faux pour que la planète chauffe et soit plus à même de permettre la vie des êtres à sang-froid ! Ne nous laissons pas avoir par les faux complots et combattons les vrais !

Ainsi, luttons ensemble contre le géant complot des reptiliens, faites un geste pour la planète, reprenez la luge à Fribourg (même si ça marche moyen) et faites quelques choses pour la planète, contre les reptiliens et pour la Vérité !

L’Anonyme d’Unimix

P.s. : Je ne donne pas mes sources, faites vos propres recherches ! Mais allez voir le premier recueil des lois de Nuithonie en Fribourg 😉

Voyage en Ouzbékistan

Vous en avez marre de ne plus pouvoir voyager vers des terres lointaines ? Alors prenez votre passeport et votre masque, nous partons dès maintenant pour une destination qui vous est probablement inconnue !

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FriScènes : Meet me at dawn

Unimix a eu la chance d’assister à la représentation de Meet me at dawn, par la MOTH theater compagny. On y voit un drame amoureux interprété avec brio par Alisa Steinhauser et Mathilde Coquillat, amplifié par la mise en scène très réussie de Andy Reilly et la musique de Kevin Curan.

Bref, j’ai été conquis ! Je me doute cependant qu’il vous en faut plus. Mais par où commencer ?

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Friscènes : Déjà hier

La compagnie Larmes de Job nous a fait découvrir que bien des maux sont nécessaires, et que les mêmes mots nous apaisent ou nous bouleversent.

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Retour au théâtre: La nouvelle saison du Théâtre des Osses

Après plusieurs mois en veilleuse, c’est au milieu de lampes de chevet que Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier présentent leur saison 2020-2021 du Théâtre des Osses, pour faire revivre l’art. Car « c’est bien d’art qu’il s’agit, c’est un peu ça qui nous a manqué» nous dit Geneviève Pasquier. Une programmation qui clame la liberté après cette période de confinement. Présentation.

Premier spectacle avec Sa chienne, tiré de « Trois ruptures » de Rémi de Vos et mis en scène par Nicolas Rossier. C’est un souper-spectacle où tout le monde mange, y compris le couple sur scène, ou du moins l’est-il jusqu’au dessert, puisqu’à ce moment-là la femme demande le divorce… Un spectacle à croquer. Nicolas Rossier précise qu’au delà des apparences, le spectacle est bien dans l’actualité, au regard des divorces qu’on suscité le confinement…

Sa chienne

Autre création du cru, Lettres à nos aînés, qui se base sur les lettres parues quotidiennement dans la presse, à l’instar de La Liberté, destinées aux aînés esseulés durant le confinement. Une création en cours, qui se veut simple et souple, comme nous l’explique Geneviève Pasquier qui est à la mise en scène, revendiquant une nécessité des resserrer les liens avec les aînés, et ce dans les deux sens.

Avec Grâce à Dieu, on touche au sujet plus que sensible des victimes d’abus sexuels commis par des prêtres. Sans être une charge contre l’Église en particulier, cette co-prodution avec le Pullhof Théâtre et la Compagnie de François Marin qui met en scène se veut plus un dénonciation plus large de toutes société où règne l’omerta.

L’évadé

Tandis que Le journal d’Anne Frank repart pour un tour (les 100 représentations sont dépassées), Karim Slama viendra à Givisiez avec sa virtuosité humoristique au service d’un sujet grave et profond dans L’évadé, en jouant la conscience d’un homme paralysé. Puis s’enchaîneront deux autres créations romandes hautes en couleurs, aux univers visuels impressionnants. D’abord Frida jambe de bois, un voyage dans l’intimité de la peintre mexicaine Frida Kahlo, un spectacle musical coloré et joyeux. Puis Le cabaret des réalités, ou comment transposer les vertige de la physique dans un univers entre le cirque et David Lynch. Cette création menée par Sandra Gaudin qui s’inspire d’Alejandro Jodorowsky a jusqu’ici été très peu jouée, et Geneviève Pasquier tenait à souffler sur les braises de cet acte théâtral exigeant et audacieux.

Frida Jambe de bois
Le cabaret des réalités

Après n’avoir pu être joué qu’une seule fois la veille du confinement, Une rose et un balais revient aux Osses terminer le travail. Très attendue, l’adaptation du livre de Michel Simonet prendra vie grâce à la virtuosité et l’inventivité d’Alexandre Cellier doublées de la poésie et la finesse d’Yves Jenny. Gouverneurs de la rosée continue pour sa part sa tournée romande.

Une rose et un balais

Les Cafés littéraires sont également de retour, à commencer par Slava Bykov, un roman de hockey, une causerie au coin du feu sur la carrière du joueur, Fribourg-Gottéron étant de son propre aveu le plaisir coupable de Nicolas Rossier. Viendra ensuite Émancipations singulières, un projet de Joséphine de Weck pour les 50 ans du vote sur le droit de vote des femmes en Suisse, l’occasion de revenir sur ce combat, mais également sur ceux actuels. La poésie visuelle clôt ce cycle de cafés littéraires, une réalisation signée Matthieu Corpataux, qui, rappelons le, outre ses multiples projets culturels, est assistant diplômé du domaine français de notre université.

Quel avenir au vu de la situation sanitaire ? « On sait qu’on va faire des choses, on s’accroche » nous dit confiante Geneviève Pasquier. « On travail semaine par semaine. » Le théâtre a bien entendu mis en place un plan sanitaire, qui comprend le port du masque obligatoire pour le public ainsi que la collecte des données comme mesure de traçage. Espérons comme eux que le public répondra présent.

Sylvain Grangier

Photos fournies par le Théâtre des Osses

FriScènes: Tom à la ferme

La compagnie Nacéo clôturait vendredi soir le programme des pièces amateurs en compétition. Un texte de Michel Marc Bouchard mis en scène par Olivier Sanquer, Tom à la ferme raconte l’histoire de Tom qui se rend à la ferme de la famille de son amoureux qui vient de mourir. Si Francis, le frère de ce dernier, est parfaitement au courant de la relation du défunt avec Tom, la mère, Agathe, n’en a pas la moindre idée: pour elle, son fils était en couple avec une certaine Hélène, et Tom est un « camarade ». Francis intime violemment l’ordre à Tom de ne rien dire à sa mère, pour ne pas la faire souffrir. Un monde de faux semblants et de vérités campagnardes s’ouvre alors.

Tom à la ferme est un texte puissant, lourd à porter avec son histoire forte et ses personnages christiques. Un choix audacieux pour une troupe amateur. Trop audacieux?

C’est en tout cas la première inquiétude qui vient à la vue de la scénographie – la table qui attend dans ton garage que vienne la saison des grillades et les chaises de ton cours de solfège. Heureusement la crainte n’est que passagère, la magie de la lumière fait son œuvre, avec des tableaux inspirés qui ne sont pas sans effets. Globalement la mise en scène est efficace. Elle ne s’encombre pas d’accessoires inutiles, permet la fluidité des passages de scènes, comme lorsque la table et sa nappe deviennent successivement le lit et son drap, puis l’autel et la statue de l’église.

Mais venons en au cœur du jeu, celui des comédien.ne.s. Là, le sentiment est partagé: parfois tout s’aligne et la performance nous saisit, parfois l’équilibre est plus précaire et on s’écarte du fil. Il faut dire qu’ils n’étaient pas aidés par une bande-son bien souvent trop forte, les rendons inaudibles. Passons. Toutes et tous ont eu leur moment d’extrême justesse, et le public ne s’y trompe pas en réagissant spontanément. Mais toutes et tous ont eu leurs petits pas de côté, manquant certaines occasions de nous piquer. Néanmoins, outre le bémol de pinailleur qui en voulait juste un peu plus, ils ont réussi tous ensemble à nous raconter cette histoire au combien difficile, à tout nous faire parvenir, et c’est une performance qu’il s’agit de souligner et de saluer.

Sylvain Grangier

Crédit photo: Chloé Wilhelm pour FriScènes

FriScènes : Lune jaune

Lune Jaune est une histoire de deux jeunes adolescents rejetés et stigmatisés dont l’existence est à la fois fragile et tourmentée. D’un côté, il y a Lee, le badboy du coin, une sorte de petit malfaiteur, qui vit seul avec sa mère depuis que son père les a abandonné lorsqu’il avait 5 ans en lui laissant pour unique souvenir une casquette kaki. Et de l’autre, il y a Leïla, une jeune adolescente silencieuse, mais dont le corps l’encombre, la gêne, et qu’elle tente de quitter.

Tous deux ne sont nulle part, paumés au sein leurs existences. Pourtant, leur rencontre sera une renaissance et fécondera leurs vies. Mais un faux pas, une erreur, un meurtre par accident les conduiront à partir en pleins hivers vers les paysages hostiles de l’Écosse. Partir pour partir ? non, ils sont partis à la recherche du père de Lee

Quelle est donc cette étrange histoire qui s’est déroulée sur les planches du Nouveau Monde ce mercredi 14 octobre. La Pièce, oeuvre écrite en 2006 par David Graig et interprétée par la troupe Vol de Nuit, a été mise en scène par Stéphane Thies. L’oeuvre est une histoire aussi belle que cruelle qui donne parole à des adolescents en fuite, à la fois du quotidien et d’eux-même, surtout d’eux-mêmes. 

Ce qu’il faut souligner d’emblée c’est la force des comédiennes, Anaïs Lhérieau et Tania Vega. Elle parviennent à nous raconter cette histoire prenante, surprenante, glissant subtilement d’un personnage à l’autre, par le biais d’une casquette ou d’un changement corporel. La puissance narrative de leur jeu est ample, sans jamais tomber dans le surjeu émotionnel (et pourtant de l’émotion il y en a), ce qui permet les surprises, les virages inattendus. En effet l’apparente innocence de ces jeunes femmes ne prépare pas le public aux situations difficiles qu’elles expriment, produisant un effet saisissant. 

Le parti pris de mise en scène de base veut que ce soit le personnage de Leïla – assumée alternativement par les deux comédienne – qui raconte toute l’histoire après les faits, une fois au commissariat. Cela est bien rendu dans la scénographie, composée d’une table, deux chaises, des projecteurs montés sur pieds et visibles. Comme Leïla est la seule maîtresse de sa narration, c’est elle qui actionne la régie directement sur le plateau. Cela fait sens, mais peut-être était-ce généralement trop discret pour le marquer totalement. Les différentes bandes-sons, coupés abruptement, n’auraient pas soufferts de quelques fondus.

Au delà de ces détails technique, la principale critique tient à la vidéo, projetée sur écran dans un coin de la scène. Si la qualité de la réalisation n’est pas remise en question, on regrette un outil à bien des égards superflu, qui ne fait que sur-souligner ce que les comédiennes racontent déjà. A notre sens, Elles avaient suffisamment de force narrative pour nous transmettre cette histoire sans ce gadget, et l’on pouvait véritablement faire confiance à leur jeu et à l’imaginaire du public. 

Nous retiendrons néanmoins la qualité de ce spectacle, qui malgré nos pinaillages d’ordre technique aura su convaincre.

Daniele Grisoni et Sylvain Grangier

crédit photo: Chloé Wilhelm pour FriScènes