Corine : une icône et une équipe

 

« Salut, on fait un micro-trottoir sur le concert de ce soir ! Est-ce que tu as une idée pour trouver dans cette foule les fans de Corine ?

– … euh c’est qui Corine ? »

 

Jeudi 18 avril, veille de vendredi Saint, l’apéro bat son plein sur la terrasse bondée de l’Ancienne Gare. Il y a énormément d’habitués, puisque le lieu est LE point de rencontre de la ville de Fribourg. Toutefois, il s’agit bien plus que d’un ‘jeudredi’ ordinaire : ce soir il y a le concert de la Française Corine au Nouveau Monde, salle culturelle qui partage le toit de l’AG.

« Alors je ne connais pas trop encore, mais je suis allé faire un tour sur Internet, ça a l’air vraiment chouette et décalé… comme j’aime ! »

On se promène donc avec notre micro, au gré des discussions et des bières, on rencontre relativement peu de fins connaisseurs/ses : il s’agit surtout d’un public de curieux/ses, qui a entendu les rumeurs, qui a deviné toute la force mystérieuse que dégage ‘l’héroïne’, dont l’image mythique est visiblement soignée, calculée, assumée.

Corine, Corine, Corine… nom qui est sur toutes les lèvres… que se cache-t-il derrière cette crinière d’or ? 22h45, les musiciens tout sourire se glissent sur la scène, sous les acclamations d’un public impatient et surexcité. Les sons des pianos synthés vibrent doucement d’abord, s’affirment ensuite… une batterie cadencée les accompagne, des timbales annoncent fièrement la coloration disco de la soirée, sans toutefois enlever la nuance planante des pianos. Puis tout à coup, la voilà ! Corine apparaît, se déhanche, danse… Il est venu l’heure de présenter Un air de fête, son premier album. La magie opère : une disco pop sucré à la Marc Cerrone se marie à des mélodies synthés rétrofuturistes, qui elles semblent être plus inspirées de l’Italo-Disco de Giorgio Moroder. Au résultat : un ensemble aguicheur, accrocheur, charismatique, imprévisible, que ce soit au niveau de la musique ou des paroles de la chanteuse.

 

Corine ne le cache pas ; elle n’est pas toute seule pour ses chansons. Il s’agit au contraire d’une production à plusieurs têtes, une production multiple, polyglotte et variée, et surtout, une production extrêmement bien ficelée. Cela s’est vu, durant le concert. Avec une mise en scène à la fois professionnelle et décontractée, une petite touche théâtrale qui amène de la fraîcheur sans être lourde, Corine et les musiciens nous ont livré une performance détonante et ont surpassé nos attentes. Chaque musique a été amenée intimement, par les échanges taquins entre Corine et son public. Une boucle d’oreille qui se perd et se retrouve dans l’humour, une petite chorégraphie entre amis ; la chanteuse a su aussi bien mettre à l’aise son public que le faire transpirer. Les pianistes et les batteurs, polyvalents, ont même été jusqu’à sortir des carcans attendus, et d’habiller, audacieusement, certaines des chansons d’un coté plus électronique, voire même péchu une fois ou l’autre, pour les audiophiles du genre.

Dans une salle joliment pleine, les tubes rythmés Il fait chaud, Maquillage, et Pluie Fine, n’ont pas manqué d’extasier le public. Après 1h30 de concert, les chanceux/ses spectateurs/trices ont été salué avec un Pourquoi Pourquoi en langue italienne, encore un hommage, vraisemblablement, aux nombreuses inspirations du groupe.

 

Le public hétérogène et multigénérationnel a ensuite pu profiter de ‘l’after’ musical proposé par le collectif de DJs Genre Nocturne. Pourquoi eux et elles ? Ce choix, lorsqu’on les connait, devient évident : leur mission est de créer des événements inclusifs, où chacun·e peut se sentir bien, venir tel qu’il/elle est. Tout ça avec amour ! Qui de mieux pour résonner avec l’ode à la sensualité que représente dorénavant l’icône Corine ? Les plus fêtard·e·s d’entre nous y sont resté·e·s jusqu’à 3h00 du matin…

 

Charly Rodrigues & Marie Goy

Photos: Redbabi

Photos: Redbabi

Retour au théâtre: La nouvelle saison du Théâtre des Osses

Après plusieurs mois en veilleuse, c’est au milieu de lampes de chevet que Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier présentent leur saison 2020-2021 du Théâtre des Osses, pour faire revivre l’art. Car « c’est bien d’art qu’il s’agit, c’est un peu ça qui nous a manqué» nous dit Geneviève Pasquier. Une programmation qui clame la liberté après cette période de confinement. Présentation.

Premier spectacle avec Sa chienne, tiré de « Trois ruptures » de Rémi de Vos et mis en scène par Nicolas Rossier. C’est un souper-spectacle où tout le monde mange, y compris le couple sur scène, ou du moins l’est-il jusqu’au dessert, puisqu’à ce moment-là la femme demande le divorce… Un spectacle à croquer. Nicolas Rossier précise qu’au delà des apparences, le spectacle est bien dans l’actualité, au regard des divorces qu’on suscité le confinement…

Sa chienne

Autre création du cru, Lettres à nos aînés, qui se base sur les lettres parues quotidiennement dans la presse, à l’instar de La Liberté, destinées aux aînés esseulés durant le confinement. Une création en cours, qui se veut simple et souple, comme nous l’explique Geneviève Pasquier qui est à la mise en scène, revendiquant une nécessité des resserrer les liens avec les aînés, et ce dans les deux sens.

Avec Grâce à Dieu, on touche au sujet plus que sensible des victimes d’abus sexuels commis par des prêtres. Sans être une charge contre l’Église en particulier, cette co-prodution avec le Pullhof Théâtre et la Compagnie de François Marin qui met en scène se veut plus un dénonciation plus large de toutes société où règne l’omerta.

L’évadé

Tandis que Le journal d’Anne Frank repart pour un tour (les 100 représentations sont dépassées), Karim Slama viendra à Givisiez avec sa virtuosité humoristique au service d’un sujet grave et profond dans L’évadé, en jouant la conscience d’un homme paralysé. Puis s’enchaîneront deux autres créations romandes hautes en couleurs, aux univers visuels impressionnants. D’abord Frida jambe de bois, un voyage dans l’intimité de la peintre mexicaine Frida Kahlo, un spectacle musical coloré et joyeux. Puis Le cabaret des réalités, ou comment transposer les vertige de la physique dans un univers entre le cirque et David Lynch. Cette création menée par Sandra Gaudin qui s’inspire d’Alejandro Jodorowsky a jusqu’ici été très peu jouée, et Geneviève Pasquier tenait à souffler sur les braises de cet acte théâtral exigeant et audacieux.

Frida Jambe de bois
Le cabaret des réalités

Après n’avoir pu être joué qu’une seule fois la veille du confinement, Une rose et un balais revient aux Osses terminer le travail. Très attendue, l’adaptation du livre de Michel Simonet prendra vie grâce à la virtuosité et l’inventivité d’Alexandre Cellier doublées de la poésie et la finesse d’Yves Jenny. Gouverneurs de la rosée continue pour sa part sa tournée romande.

Une rose et un balais

Les Cafés littéraires sont également de retour, à commencer par Slava Bykov, un roman de hockey, une causerie au coin du feu sur la carrière du joueur, Fribourg-Gottéron étant de son propre aveu le plaisir coupable de Nicolas Rossier. Viendra ensuite Émancipations singulières, un projet de Joséphine de Weck pour les 50 ans du vote sur le droit de vote des femmes en Suisse, l’occasion de revenir sur ce combat, mais également sur ceux actuels. La poésie visuelle clôt ce cycle de cafés littéraires, une réalisation signée Matthieu Corpataux, qui, rappelons le, outre ses multiples projets culturels, est assistant diplômé du domaine français de notre université.

Quel avenir au vu de la situation sanitaire ? « On sait qu’on va faire des choses, on s’accroche » nous dit confiante Geneviève Pasquier. « On travail semaine par semaine. » Le théâtre a bien entendu mis en place un plan sanitaire, qui comprend le port du masque obligatoire pour le public ainsi que la collecte des données comme mesure de traçage. Espérons comme eux que le public répondra présent.

Sylvain Grangier

Photos fournies par le Théâtre des Osses

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